2013/02/13

Les Etats-Unis, un empire qui s'effondre

Jacques Attali a bien voulu résumer dans son billet du 11 février "Les Etats-Unis sont en faillite" un bilan économique et social que j'expose depuis longtemps en toute rigueur et transparence notamment dans les pages suivantes, de manière plus fouillée : 
Il me parait important de souligner que les Etats-Unis ne sont pas seulement en faillite: c'est un empire qui s'effondre. La perspective des conséquences en est complètement changée.
C'est dans cette optique que je formule une réponse à un des premiers commentaires du billet d'Attali, en me limitant uniquement aux thèmes mentionnés par ce lecteur :
raymond75 Les Etats-Unis sont en faillite sur les livres de comptes ; ils restent une formidable puissance économique, la première pour l’informatique et l’espace, et disposent d’une très grande capacité à imposer des traités commerciaux avantageux pour eux.
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Ils sont aussi la seule puissance mondiale capable d’exercer un « leadership » sur le monde entier : l’OTAN et le défense de l’Europe, c’est eux et pas nous ; les opérations extérieures françaises n’existeraient pas sans leur aide ; et ils échange les ventes d’armes contre des accords économiques et de défense. Ils peuvent frapper n’importe quel point du monde en quelques heures.
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Même en ruine ils restent un géant et l’Europe un nain, et ils ont la planche à billets. S’ils le souhaitent, ils annuleront leur dette comme ils ont annulé la parité or-dollar.
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La Chine n’existe aujourd’hui qu’en tant que sous-traitant des sociétés occidentales, pour assembler et exporter. Elle est très fragile en fait, et a des problèmes d’alimentation en eau, nourriture, énergie, révoltes permanentes et pollutions dantesques.

Sur les premier et troisième points :
  • La faillite comptable des Etats-Unis n'est en rien comparable au défaut de paiement qui a affecté l'Argentine fin 2001 par exemple, par sa dimension et son poids dans l'économie mondiale. Imaginer qu'une telle faillite puisse se traiter aussi simplement qu'une écriture dans un livre de comptes est révélateur d'une myopie intellectuelle, ou d'une mauvaise foi.
  • La "formidable puissance économique" ne l'est plus: l'activité commerciale est en majeure partie tirée par des importations, financées par une dette abyssale ; même en volume, le commerce des US en 2012 passe derrière celui de la Chine
  • L'activité informatique essentielle (le développement) des grands éditeurs traditionnels comme Microsoft, IBM, Oracle ou Apple est depuis longtemps offshorisée en Asie. L'avenir des Google ou Amazon est lié à la législation sécuritaire des USA pour le Cloud, et la montée des concurrents asiatiques. Les Facebook/Twitter ont déjà de nombreux équivalents.
  • Pour l'espace, les arrêts successifs des programmes de la NASA pour raison budgétaire doit être mis en balance avec l'essor des nouveaux programmes spatiaux de Europe et notamment ceux qui reposent sur une stratégie de partenariat avec les pays BRICS.
  • Pour la capacité d'influence des USA depuis 2008, ou soft power, il s'agit plus d'une survivance ancrée dans l'esprit des anciennes générations qu'autre chose. Le monde change... vite. Dire que l'Europe est un nain revient plus que jamais à vouloir rester à genoux. Et le géant a les pieds d'argile de la finance. Je vous laisse observer les évolutions historiques du système monétaire international (1, 2) qui sont en train de prendre place.
Sur le deuxième point :
  • Le leadership géostratégique n'est déjà pas si évident aujourd'hui (retrait en désordre d'Irak, bientôt d'Afghanistan, tentative d'une stratégie de pivot vers le Pacifique) ; et il le sera de moins en moins avec l'arrivée prochaine des nouveaux systèmes d'armes hypervéloces qui rendront simplement obsolète le concept de porte-avions, lents fleurons de la capacité de projection des USA. Bien des progrès ont été réalisés depuis la torpille Shkval dont vous ignoriez sans doute les capacités et dont la conception remonte aux années 60.
  • Pour la "protection" de l'Europe, on doit déjà se poser la question de contre qui nous avons besoin d'être réellement protégés, et aussi regarder la réalité du bouclier de missiles US.
Sur le dernier point : c'est vrai que la Chine doit affronter une transition difficile, notamment sur les plans sociaux et écologiques. Mais leurs dirigeants ont pleinement conscience de cette responsabilité, à l'inverse des influences du gouvernement US depuis des décennies. Et imaginer qu'ils resteront et doivent simplement être considérés comme des SOUS-traitants, sans faire cas d'une réciprocité des rapports entre blocs souverains et d'une nécessaire discussion à égalité, c'est faire état d'une méconnaissance injurieuse de la géopolitique et des relations internationales au XXIème siècle.

Vous trouverez sur ce blog et ailleurs les éléments rationnels qui concernent les autres volets qu'il faut nécessairement prendre en compte pour comprendre toutes les implications stratégiques de l'effondrement d'un empire comme celui des US, de la transformation du monde d'avant pour faire naître le monde d'après.

Mise à jour le 15/02/2013 
En complément vous pourrez lire avec intérêt :
1) cet article concomitant de K. Mahbubani publié par l'institut Yale Center for the Study of Globalization :  Is the US Ready To Be Number Two?
2) ces articles du Global Europe Anticipation Bulletin édité par le Laboratoire Européen d'Anticipation Politique, think-tank fondé par Franck Biancheri et le premier sur la pertinence des analyses de la crise systémique mondiale et de ses aboutissements: