2016/04/04

La Guerre Réseaucentrique révèle l’ère du totalitarisme ultime et planétaire

[Cet article a d'abord été publié par le Centre de Recherche sur la Mondialisation le 3/04/2016]
Cet article est une introduction au paradigme de la « guerre réseaucentrique » (Net-centric warfare), dont les concepts ont été formalisés et élargis depuis les années 1990 par le ministère de la défense américain, en s’inspirant d’autres sources. A la différence de ce qu’indique le contenu actuel de sa page Wikipedia, ce terme est bien loin de seulement refléter « l’utilisation d’Internet sur les champs de bataille ». Le DoD a utilisé à son propos le terme de « Révolution en matière d’affaires militaires ».[1a] 
Les travaux entamés à la fin du XXème siècle ont connus leur mise en pratique très concrète à partir de 2003. En effet, il s’agit d’une théorisation qui englobe les opérations comme les Révolutions de couleur, ainsi que tous les moyens d’influence dont l’objectif explicite est la conquête géopolitique et la domination séculaire. En cela, l’utilisation des opérations définies par cette théorie s’oppose à l’intuition de « volonté prévalente des peuples », proposée par le Pr. P.D. Scott.[1b] Il est alors symptomatique de noter le rapprochement de la guerre réseaucentrique avec la lutte qu’entretiennent les entités politiques de l’État profond vis-à-vis de l’État visible.[2a] Selon nous, la théorie de la guerre réseaucentrique trouve un champ d’application dans la description de la structure et des opérations de l’État profond, en plus de celles du Pentagone. C’est pourquoi la compréhension de la guerre réseaucentrique est d’une immense importance pour l’organisation défensive de la société civile et d’un État visible qui souhaite rester souverain. En effet, nous devons comprendre que si certaines de ces opérations profondes ont été conduites depuis des siècles contre l’État visible, la formalisation de ces concepts et leur intégration méthodique depuis la fin des années 90 n’a pour objectif explicite que de passer à une toute autre échelle et de systématiser ces approches.[2b] Ainsi, c’est la paix qui disparaît complètement, puisque le modus operandi de la guerre réseaucentrique est de ne plus différencier la conduite de la guerre et celle de la paix, les forces amies, alliées, ou neutres des ennemis. La guerre, c’est la paix, désormais plus personne ne peut l’ignorer à l'ère de la démocratie téléguidée et de l'hypercontrôle des sociétés humaines.
Nous avons choisi comme approche pour cette introduction à la guerre réseaucentrique de traduire un article original du Pr. Dr. Vladimir Prav publié en anglais par SouthFront.org le 25/02/2016, ainsi que par le Centre de Recherche sur la Mondialisation le lendemain.[3] Nous l’avons commenté au moyen de l’ajout de toutes les notes de bas de page, prolongé par les URL, ainsi que par l’addition d'une compilation bibliographique des ouvrages de recherche militaire sur la guerre réseaucentrique et ses prolongements.[5a, 5b]
Dr. Bruno Paul


”Révolutions de couleur” et ”Guerres réseaucentriques” : luttes géopolitiques et fonctionnement des « réseaux »

Les concepts contemporains de la lutte géopolitique comprennent invariablement des mentions concernant la création et le fonctionnement de « réseaux ». La notion de « réseau » ou d’un « principe du réseau » réside dans l’échange d’informations, dans l’expansion maximale possible de la production de l’information, de son accès, de sa distribution et de l’information en retour. Le « réseau » est l’élément principal de l’espace d’information, dans lequel les opérations d’information sont menées dans le but de réaliser des objectifs politiques, économiques, informationnels, techniques, et militaires. Le « réseau » en tant que système, dans la compréhension globale du terme, comprend plusieurs éléments qui auparavant étaient habituellement considérés comme des phénomènes strictement séparés.
Le principe fondamental de la conduite de la lutte géopolitique moderne est celui d’une conception fondée sur le réseau ou « réseaucentrisme ». Ce principe repose sur trois postulats.
1. Le monde moderne est défini non seulement par des couloirs de transport avec des flux associés de biens et services, mais aussi par des réseaux d’information et de communications, qui forment le squelette de l’espace d’information mondial.
2. Le processus historique mondial est un processus mondial unifié de conflit, d’entraide mutuelle, ou de coexistence neutre des sociétés humaines organisées suivant des principes hiérarchiques (verticalité) et aussi en réseau (horizontalité), dans lequel le principe en réseau (horizontal) pouvant devenir dominant dans l’avenir. Les structures verticales et de réseaux horizontaux, avec diverses origines, but, force numérique, frontières géographiques et temporelles, et statut juridique, sont à la fois les objets et les sujets du processus historique mondial dont l’interaction facilite l’émergence de structures et connexions nouvelles.
3. Le développement dynamique des réseaux artificiels (électroniques) qui entrelacent et interagissent avec les réseaux psycho-sociaux et qui constituent un phénomène social qualitativement nouveau, sont une caractéristique unique du squelette du réseau d’information de la future société mondiale. Ce phénomène est identifié au sein du concept de guerre de l’information réseaucentrique comme étant le SPIN -Réseau segmenté, polycentrique, idéologiquement intégré.[4] Il faut noter que Microsoft a proposé une définition plus précise de ce phénomène, à savoir le « système nerveux numérique ».
Le principal acteur mondial utilisant systématiquement le principe du réseaucentrisme dans la lutte géopolitique est les États-Unis. Ses agents exécutifs sont les organismes d’État, les grandes entreprises et les structures internationales en réseau qui sont tous mutuellement entrelacés.
Les structures internationales en réseau, qui sont généralement appelés « les acteurs en coulisses », et qui sont les initiateurs fondamentaux du processus de la mondialisation, sont essentiellement un réseau d’ONG très influentes qui forment la « super-communauté » idéologique des mondialistes Euro-Atlantiques (ou occidentaux) et qui sont fermées aux nouveaux entrants. Une telle structure en réseau peut exercer une pression sérieuse sur l’ensemble de l’environnement politique mondial, le système financier, l’économie, à travers ses représentants et entités internationales de rang inférieur. Ils peuvent aussi décider et mettre en œuvre des décisions pour effectuer un changement de régime et de l’évolution du développement de pays sélectionnés.
En se fondant sur la mobilisation des actifs réseaucentriques situés sous le contrôle de ces représentants, la « super-communauté » des mondialistes Euro-Atlantiques peuvent mettre en œuvre une résolution «douce» d’un large éventail de problèmes politiques nationaux et internationaux clairement définis et coordonnés. La direction et le contrôle global peuvent être effectués grâce à l’existence d’une telle organisation méta-réseaucentrique, distribuée et hiérarchisée, dont les échelons supérieurs sont représentés par des réseaux qui appartiennent à la « super-communauté » occidentale. L’individu étant dirigé peut même ne pas comprendre qu’il est dirigé, et même s’il le comprend, il ne sera pas en mesure de comprendre d’où les instructions émanent et qui en porte la responsabilité.
Le contenu principal de toutes les guerres réseaucentriques se compose d’« opérations basées sur les effets » (Effects-based operations ou EBO). Ceci est le concept le plus important dans toute la théorie de la guerre réseaucentrique développée aux États-Unis.[5a, 5b] Les EBO sont définis par les spécialistes américains comme une « combinaison d’actions visant à la formation d’un modèle spécifique de comportement entre amis, forces neutres, et ennemis en temps de paix, de crise et de guerre ».[6, 7] Le principal résultat des EBO est l’établissement d’un contrôle total et absolu sur toutes les parties prenantes au conflit (y compris lors des conflits armés), et leur manipulation complète en toutes circonstances. Y compris lorsque le conflit est en cours, quand il menace, et quand il y a la paix.[8]
L’essence de la « guerre réseaucentrique » est qu’elle ne dispose pas d’un début ou d’une fin, elle est conduite sur une base permanente, et son objectif est de veiller à ce que les parties prenantes menant la guerre ont la capacité d’effectuer un contrôle complet sur tous les acteurs internationaux. Intégrer le « réseau » prive les pays, les nations, les armées et les gouvernements de tous les vestiges de l’indépendance, de la souveraineté, et même une existence séparée, en les transformant en objets programmés étroitement contrôlés. Il permet la mise en œuvre d’un nouveau modèle de contrôle planétaire direct, d’une domination mondiale d’un nouveau type, où le contenu, la motivation, les actions et les intentions des acteurs internationaux sont tous soumis à une direction extérieure.
Il s’agit d’une conception d’une manipulation globale et d’un contrôle total à l’échelle mondiale. Cela ressort de la définition de l’EBO. Les tâches de l’EBO comprennent la formation d’une structure de comportement non seulement entre amis, mais aussi avec les parties prenantes neutres et ennemies, en d’autres termes, à la fois les ennemis et les parties neutres agissent en conformité avec un scénario qui leur sont imposées et sont conduits non pas par leur propre volonté, mais par la volonté des exécuteurs de l’EBO. Si les ennemis, les amis et les parties neutres font ce que les Américains veulent qu’ils fassent, ils deviennent des marionnettes avant même leur ultime défaite.[9] La bataille est gagnée avant même qu’elle ne commence.[10] Les EBO sont menées simultanément avec les opérations militaires, en période de crise et en temps de paix, ce qui reflète le caractère total des guerres réseaucentriques.
L’objectif stratégique d’une guerre réseaucentrique est le contrôle absolu sur tous les participants au processus politique à l’échelle mondiale. Son objectif tactique est d’établir le contrôle par l’agresseur géopolitique sur les actifs de l’État victime, avec un « transfert » se déroulant en grande partie d’une manière volontaire et consentant puisque l’attaque n’est pas perçue comme une agression, mais plutôt comme un élan vers un développement ultérieur.
Ceci rend la guerre réseaucentrique beaucoup plus complexe à mettre en œuvre qu’une guerre traditionnelle “chaude”, mais elle est aussi beaucoup plus efficace. Les résultats des « guerres chaudes » sont généralement contestés et se dissipent au fil du temps (comme l’ont montré la première guerre mondiale et, en particulier, la deuxième). Les effets des guerres réseaucentriques peuvent durer pendant des siècles, jusqu’à ce que les agresseurs et leurs besoins fondamentaux changent.
Le front principal de la guerre réseaucentrique est situé dans l’espace mental, avec l’objectif de l’ennemi étant de détruire les valeurs fondamentales traditionnelles d’une nation donnée et d’implanter les siennes. L’existence et la structure de ce type de guerre ne peuvent pas être perçues au niveau de la conscience des masses. Si l’élite politique d’une société qui est visée par une guerre réseaucentrique n’est pas suffisamment qualifiée pour identifier ce type d’agression et organiser une réponse appropriée, la société elle-même est vouée à une défaite géopolitique écrasante.
Les spécialistes notent une autre caractéristique propre aux guerres réseaucentriques, à savoir l’absence d’une structure rigide au sein de l’entité qui agresse. Nous aimerions souligner que cela est dû au degré élevé d’hétérogénéité entre les éléments institutionnels de cette entité. Les éléments individuels et les éléments étatiques et non-étatiques de l’agresseur relativement autonomes ne font pas partie d’une certaine hiérarchie verticale. Au lieu de cela ils sont reliés par des interactions horizontales irrégulières. L’absence de hiérarchie et de régularité de l’interaction font qu’il est difficile d’identifier clairement l’existence et les activités de l’agresseur.[11]
En raison de la nature particulière de la guerre réseaucentrique, sa structure technologique (ou la somme totale des technologies sociales utilisées pour attaquer la société ciblée) est très complexe. Les technologies pour la guerre réseaucentrique comprennent des combinaisons d’étapes multiples et des intrigues dont les instigateurs ne sont pas évidents, un large éventail de moyens d’influence, et l’utilisation d’individus qui sont ignorants de leur rôle. Plus important encore, selon les experts américains, la guerre réseaucentrique à l’ère informationnelle post-moderne et post-industrielle diffère des guerres ordinaires de l’ère industrielle moderne par leur désir de parvenir à une répartition des territoires et des ressources vers l’extérieur du pays sans effusion de sang. L’objectif est de maintenir l’image des « démocraties développées » qui mènent les guerres réseaucentriques dans une grande variété de contextes géopolitiques sous le slogan de la protection des droits de l’homme. Dans une ère d’« humanisation » totale [12], conduire des opérations de combat est considéré comme une option déficiente. La société mondiale dort mieux si vu de l’extérieur tout semble aller bien. Grâce aux technologies modernes et à l’expérience acquise, même un génocide peut être entrepris sans chambres à gaz ni fusillades de masse. Il suffit de créer des conditions pour réduire le taux de natalité et augmenter le taux de mortalité.[13] Le succès peut également être obtenu par le nivellement par le bas de la nation au moyen du changement de ses stéréotypes et de ses normes de comportement de sorte que même une escalade des événements jusqu’au niveau de la violence est perçue comme naturelle.
Aujourd’hui, l’une des manifestations caractéristiques de la guerre réseaucentrique dans un monde globalisé sont les « révolutions de couleur ». Une révolution de couleur est une opération réseaucentrique dont l’objectif est la suppression des régimes politiques existants dans un autre pays.[14] Elle est fondée sur les méthodes de « lutte non-violente » développées par Sharp dans les années 1970.[15] Le concept de la révolution de couleur implique l’établissement d’un contrôle complet sur un pays et son territoire sans l’utilisation de la force armée, si possible. Elle peut être obtenue en appliquant la puissance d’influence (« soft power »), que le politologue américain Joseph Nye Jr. définit comme la capacité d’un État (ou d’une coalition ou d’une alliance) à atteindre des résultats souhaités à l’international par la persuasion et non par la suppression, l’imposition, ou la diplomatie coercitive, qui sont caractéristiques de la puissance coercitive (« hard power »). La puissance d’influence atteint son effet en induisant les autres à adhérer à certaines normes internationales de comportement, ce qui conduit au résultat souhaité sans appliquer de diplomatie coercitive.

Conséquences des Révolutions de couleur.

Pour les États et les systèmes politiques, les révolutions de couleur présentent des aspects du colonialisme. Les intérêts de la société ciblée ne sont pas pris en considération, ils sont remplaçables, interchangeables. Les « révolutionnaires » sont les premiers à disparaître de la scène et, souvent, de la vie elle-même. Les gens qui commencent sincèrement à croire en les idéaux de la révolution de couleur sans se douter que ces idéaux ont été induits pour être le carburant pour de telles révolutions, sont aussi remplaçables. La société elle-même est déstabilisée, les fondements sociaux sont compromis, le respect pour le gouvernement disparaît, l’insatisfaction augmente, et l’économie est tout sauf dans un état normal. Ce sont les conditions idéales pour imposer des modèles sociaux occidentaux. Les États-Unis entrent dans le pays.
Les révolutions de couleur n’apportent aucun avantage aux forces politiques ou à la société du pays. Le seul bénéficiaire est les États-Unis, qui établit un contrôle indolore, non-violent, “soft” sur son nouveau territoire.[9]
La Géorgie moderne est un exemple. Elle a perdu sa souveraineté après que la « révolution des roses » a déclenché des transformations graves, déstabilisant la société, et conduisant à la perte d’environ 20% du territoire du pays. La Géorgie est la plus importante tête de pont des États-Unis dans le Caucase. Il en est ainsi pour plusieurs raisons:
  • La Géorgie est un élément de l’isthme du Caucase par lequel la Russie obtient un contact direct avec l’Iran avec lequel il veut établir une relation stratégique ;
  • La Géorgie est une base pour la constitution et la projection d’une force dans toute la région de la Caspienne, y compris la Fédération de Russie ;
  • La Géorgie est un pays de transit pour les ressources énergétiques de la Caspienne vers l’Europe.
Poursuivant la tâche principale de la géopolitique des États-Unis relative à la Russie et la mer Caspienne, les États-Unis ont fait disparaître en Géorgie les derniers restes de l’influence géopolitique de la Russie [NDT : en 2003] et l’ont soumise à son propre contrôle géopolitique direct. La Géorgie a adopté un vecteur de développement Atlantiste et a perdu les derniers lambeaux de sa souveraineté.

Il existe un certain nombre d’autres facteurs importants.

1. Les États-Unis cherchent à établir un contrôle direct militaire et stratégique sur l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Les dirigeants de l’Azerbaïdjan sont certains que les manifestations de l’opposition en mars 2011 et les tentatives prévues de s’opposer à l’ordre constitutionnel existant ont été organisées à partir de l’extérieur du pays. 
2. Afin d’assurer un partenariat avec l’UE, et en particulier avec l’Allemagne, les États-Unis ont créé un cordon sanitaire s’étendant des mers froides du nord à travers les pays baltes, l’Ukraine, la Moldavie, vers la Géorgie. La Biélorussie est à l’heure actuelle une brèche dans le cordon, avec la Pologne comblant cette brèche. Le cordon – composée de l’Ukraine, de la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie, la Moldavie et la Géorgie – qui coupe la Russie de l’Europe, a été créé par les États-Unis afin d’atteindre leurs objectifs géopolitiques de plus grande priorité au moyen du déclenchement séquentiel de révolutions de couleur dans ces pays, dans le cadre de la guerre réseaucentrique contre la Russie.
Au cours des 20 dernières années, les États-Unis et l’OTAN ont transformé l’Ukraine en un pays hostile à la Russie également au moyen de l’application de technologies réseaucentriques. Le coup d’état de 2014 et la guerre civile de 2014-2015 ont été initiés par les États-Unis, qui a également fourni un soutien informationnel, financier et militaire.[9] Les politiques intérieure et extérieure de l’Ukraine présentent un caractère strictement anti-Russe. 
3. L’Ouzbékistan et la Kirghizie resteront des plates-formes clés pour la présence géopolitique des États-Unis en Asie centrale. Les États-Unis ne renonceront jamais à leur intention d’établir un contrôle total sur la région. Ils déstabiliseront régulièrement la situation régionale pour prendre l’Ouzbékistan et la Kirghizie sous contrôle.
Habituellement, de tels échecs lors des tentatives de ce genre de coup d’état sur du velours que nous avons observé dans la ville ouzbek d’Andijan ou dans la quelque peu confuse cascade de révolutions en Kirghizie [16] sont suivis par des scénarios plus sévères. Le niveau de pression est augmenté progressivement. Le scénario «sur du velours» est remplacé par une ligne plus dure, y compris des affrontements avec la police, les premières victimes, des pogroms, puis, en règle générale, la situation est déstabilisée le long des lignes ethniques puisqu’il s’agit du type de conflit le plus dur à résoudre.[17] Ces actions sont accompagnées par une création en parallèle de plusieurs épicentres d’instabilité sociale, l’augmentation des problèmes économiques, les perturbations de la situation sociale, et une polarisation générale de la politique intérieure. Le but est de forcer les dirigeants de ces pays à reconnaitre qu’ils ont perdu le contrôle, qu’ils n’ont plus le pouvoir.
Le résultat est que le territoire du pays passe sous contrôle américain. La révolution de couleur, devrait-elle être un succès ou un demi-succès, est suivie par des approches plus directes qui peuvent finalement conduire à des opérations militaires comme en Irak et en Libye.
Etant un état possédant des armes nucléaires, la Russie est considérée par les États-Unis et l’OTAN comme l’un de ses principaux adversaires géopolitiques. L’objectif géopolitique clé actuel des États-Unis est un changement de régime en Russie consistant à remplacer Vladimir Poutine et son équipe au pouvoir. L’analyse suggère que pour le moment l’Ukraine, le Caucase et l’Asie centrale sont les endroits les plus favorables à utiliser pour les États-Unis afin d’augmenter la pression sur le leadership russe. Le maintien du potentiel de violence dans ces zones se poursuivra jusqu’à ce qu’ils trouvent une nouvelle source plus fraîche de conflit sur le territoire russe, avec un potentiel de succès pour le séparatisme, qui pourrait devenir une source constante de pression politique extérieurement induite sur le leadership russe.[18]
Vladimir Prav
La source originale de cet article est southfront.org :
“Color Revolutions” and “Net-Centric Warfare”: Geopolitical Struggles and the “Functioning of Networks”, 25 février 2016.
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[1a] “Whereas the MTR [military technical revolution] applies new technology to existing ways of war, the RMA [revolution in military affairs] combines new technology with new tactics, doctrine, and/or organization, e.g. the blitzkrieg, or combines new or existing technologies in a new concept of warfare, e.g. the levée en masse and the Napoleonic revolution.” in Effects Based Operations – Applying Network centric Warfare in Peace, Crisis and War, Edward Allen Smith Jr., Washington, DC: DoD CCRP, novembre 2002, chapitre 2.
[1b] MaximeChaix.info, 17/03/2016
[2a] Conscience-Sociale.org, 15/03/2014
[2b] “But is it not the infostructure that is now the long pole in the tent; it is a lack of understanding about effects-based approaches and a lack of a coevolved organizational processes, trained individuals, and appropriate tools. This book will make effects-based approaches more understandable to many and thus will hasten the day when we will be better able to conduct effects-based operations, a capability much needed in our century.” in Future of C2 – COMPLEXITY, NETWORKING, & EFFECTS-BASED APPROACHES TO OPERATIONS, op.cit., Pp vii.
[3] Cet article mériterait d’être traduit dans toutes les langues. Il est déjà disponible en portugais.
[4] En 2006, M. Bishara définissait le SPIN comme une « structure floue et horizontale, à l’instar des groupes écologistes ou féministes, mais aussi des organisations clandestines comme les mafias, les cartels de la drogue et autres réseaux de trafics illégaux » (Le Monde Diplomatique, 10/2006). Soulignons au passage que l’opinion selon laquelle « Washington se révèle [en 2006] incapable de penser les nouveaux types de conflits » est complètement battue en brèche avec la guerre réseaucentrique.
[5a] Bibliographie à propos de la guerre réseaucentrique en se limitant aux publications du ministère de la Défense américain, du Canada et de l'OTAN (l'appellation officielle de l'OTAN pour les "capacités réseaucentriques" est Network-Enabled Capability – NEC), ce qui permet de comprendre à quand remontent ces recherches :
“What Is Information Warfare?” (Libicki, 1995)
“Operations Other Than War” (Alberts, Hayes, 1995)
“The Unintended Consequences of the Information Age” (Alberts, 1996)
“Defensive Information Warfare” (Alberts, 1996)
“Target Bosnia: Integrating Information Activities in Peace Operations” (Siegel, 1998). This book examines the place of PI and PSYOP in peace operations through the prism of NATO operations in Bosnia-Herzegovina.
“Information Warfare and International Law” (Greenberg, Goodman, Soo Hoo, 1998)

Vice Admiral Arthur Cebrowski, John Garstka, "Network-Centric Warfare: Its Origin and Future",   U.S. Naval Institute Proceedings, vol. 124, no 1, janvier 1998, p. 28-35  
“Network Centric Warfare – Developing and Leveraging Information Superiority” (Alberts, Garstka, Stein, 1999)
“Behind the Wizard’s Curtain” (Krygiel, 1999). There is still much to do and more to learn and understand about developing and fielding an effective and durable infostructure as a foundation for the 21st century. Without successfully fielding systems of systems, we will not be able to implement emerging concepts in adaptive and agile C2, nor reap the benefits of NCW.
“Confrontation Analysis: How to Win Operations Other Than War” (Howard, 1999). A peace operations campaign should be seen as a linked sequence of confrontations. The objective in each confrontation is to bring about certain “compliant” behavior on the part of other parties, until the campaign objective is reached.
“Information Campaigns for Peace Operations” (Avruch, Narel, Siegel, 2000). In its broadest sense, this report asks whether the notion of struggles for control over information identifiable in situations of conflict also has relevance for situations of third-party conflict management for peace operations.
“Network Centric Warfare: What’s the Point?”, Naval War College Review, Dr. Edward Allen Smith, Winter 2000-2001
“Understanding Information Age Warfare” (Alberts, Garstka, Hayes, Signori, 2001)
“Information Age Transformation of the DoD” (Alberts, 2002)
“Power to the Edge: Command…Control… in the Information Age” (Alberts, Hayes, 2003). This book articulates the principles being used to provide the ubiquitous network that people will trust and use, populate with information, and use to develop shared awareness, collaborate, and synchronize actions.
“Complexity Theory and Network Centric Warfare” (Moffat, 2003)

"Transformer la guerre de demain : Capacités Réseaucentriques et Systèmes sans pilote" (Pierre Claude Nolin,  2007)
[5b] Bibliographie à propos des opérations basées sur les effets (EBO) et les révolutions de couleur :
Signalons également la théorie de la Guerre Hybride notamment dans l'ouvrage de Andrew Korybko : HYBRID WARS: THE INDIRECT ADAPTIVE APPROACH TO REGIME CHANGE (2015), qui reconstruit un certain nombre d'éléments présents dans la théorie NCW / EBO mais sa propre bibliographie ne mentionne pas les ouvrages fondateurs du DoD sur ce sujet, à part l'édition de Cebrowski et Garstka, op.cit.
Sa bibliographie qui couvre de nombreuses sources comprend néanmoins des références intéressantes pour notre article comme : 
Pour une synthèse historique du thème de la guerre hybride depuis la renaissance, on consultera : Williamson Murray, Peter R. Mansoor, "Hybrid Warfare: Fighting Complex Opponents from the Ancient World to the Present", Cambridge University Press, 2012.

[6] “Effects-based operations are coordinated sets of actions directed at shaping the behavior of friends, neutrals, and foes in peace, crisis, and war.“ in Effects Based Operations – Applying Network centric Warfare in Peace, Crisis and War, Edward Allen Smith Jr., Washington, DC: DoD CCRP, Novembre 2002, Pp 108.
Né en 1946, le Dr. Smith est retraité de l’US Navy en 1998 puis a été embauché par Boeing en tant qu’analyste senior chargé des opérations réseaucentriques et des EBO.
[7] A rapprocher de la phrase de Carl von Clausewitz dans "De la guerre", 1832 : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Cet auteur est d’ailleurs mentionné dans Effects Based Operations – Applying Network centric Warfare in Peace, Crisis and War, op.cit., Pp 103 : “They are what good generals, admirals, and statesmen have always tried to do: to focus on shaping the adversary’s thinking and behavior rather than on simply defeating his forces. They are at the heart of the writings of Sun Tzu and of Clausewitz on military operations.”
[8] Il est intéressant de rapprocher cette conception du slogan « La Guerre, c’est la paix » mentionné dans le très célèbre roman « 1984 » de G. Orwell, paru en 1949. Dans cette œuvre il est l’un des mantras du Parti totalitaire au pouvoir ainsi mais c’est aussi le titre d’un chapitre du livre interdit par le Parti de l’Engsoc « Théorie et pratique du collectivisme oligarchique ».
[9] Conscience Sociale, 2014/03/17 ; Conscience Sociale, 2014/03/10.
[10] « Une armée est victorieuse si elle cherche à vaincre avant de combattre ; elle est vaincue si elle cherche à combattre avant de vaincre. » Sun Tzu, "L’art de la guerre".
[11] Conscience Sociale, 2014/03/15.
[12] Les guillemets de l’auteur indiquent le sens orwellien pour ce terme.
[13] PressTV, 22/03/2016.
[14] Parmi les premières révolutions non-violentes citons le renversement du dictateur Jorge Ubico au Guatemala en 1944 et la Révolution des Œillets au Portugal qui a entraîné la chute de la dictature salazariste en 1974.
À la différence des soulèvements populaires pacifiques précédents, d’autres révolutions, à l’instar des révolutions de couleurs sont davantage inscrites dans une logique géostratégique. L’implication des puissances occidentales, notamment des États-Unis, sont souvent mis de l’avant. On peut citer pour les plus anciennes : Solidarność en Pologne et la Révolution de velours en Tchécoslovaquie.
Les révolutions de couleur désignent une série de soulèvements populaires ayant causé des changements de gouvernement entre 2003 et 2006 en Eurasie et au Moyen-Orient : la Révolution des Roses en Géorgie en 2003, la Révolution orange en Ukraine en 2004, la Révolution des Tulipes au Kirghizistan en 2005 et la Révolution du Cèdre au Liban en 2005, ainsi que tous les mouvements du Printemps Arabe depuis 2010.
L’histoire de ces révolutions de couleur suivies par l’expansion orientale de l’OTAN et de l’Union Européenne est une excellente illustration des EBO.
[15] NDA : Cette production des États-Unis est l’une des technologies réseaucentriques.
[16] Révolution de 2005révolution d’avril 2010, violences de juin 2010.
[17] Global Research, 30/03/2016 ; Voltaire Net, 21/05/2011.
[18] Sputnik, 31/03/2016. Notons également le passage suivant dans Effects Based Operations – Applying Network centric Warfare in Peace, Crisis and War, op.cit, Pp 419 :“The creation of a stable deterrence/reassurance regime may involve prolonged successions of these action-reaction cycles over a period of years and even decades.

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Mises à jour
4/04/2016 19:50 : complément de bibliographie [5b] sur la guerre hybride


A propos de l’auteur :
Le Dr Bruno Paul est le fondateur et directeur des études de Conscience-Sociale.org, qui est un producteur culturel autonome pratiquant la transdisciplinarité et développé depuis 2008.
Il s’agit d’abord de contribuer à éclairer le sens à toutes les échelles de décision, du citoyen jusqu’aux parties prenantes dans les relations internationales. Voici notre manifeste.

2016/03/30

Acceptez-vous que vos impôts FINANCENT INDIRECTEMENT les colonies et L’ARMÉE ISRAÉLIENNE?

La sénatrice Nathalie Goulet a été victime d’une série d’attaques et de menaces de mort sur les réseaux sociaux le 25 mars, après avoir demandé à Christian Eckert (Secrétaire d'État, auprès du ministère des finances et des comptes publics, chargé du budget) l'explication d'une disposition exorbitante du droit commun: une niche fiscale qui permettrait de financer l’armée israélienne.[1]

Voici quelques éléments précis permettant de mieux comprendre ce scandale qui consiste à menacer de mort une élue de la Nation qui ne fait que son travail :
On comprend immédiatement que la loi n'est pas rédigée comme permettant textuellement de financer une armée étrangère. Le problème est qu'il s'agit de conditions d'application qui sont mal régies, peu ou pas contrôlées. 

Rappelons qu'en juillet 2013, Rue89 avait déjà dénoncé le fait que l’association franco-israélienne "Les amis de Hasdei Avot" fasse partie des organismes ayant un caractère d’intérêt général. Hasdei Avot finance les colons israéliens de Kiryat Arba, la colonie israélienne la plus radicale de Cisjordanie, en périphérie d’Hébron. "Au centre de Kiryat Arba, le décor est planté ; y trône la statue de Baruch Goldstein, qui en 1994 dans la mosquée d’Abraham à Hébron a massacré 29 Palestiniens et blessé 125 autres à l’arme automatique. Visiter Hébron et ses environs, c’est s’approcher au plus près du caractère inique et sinistre de la colonisation israélienne et de l’occupation militaire." [2] Faut-il rappeler encore une fois que ces colonies sont reconnues illégales par l'ONU ?

En août 2014, RFI titrait que « Financer Tsahal et payer moins d’impôts en France, c’est possible. » Laurent Bonnefoy, chercheur au CNRS, expliquait alors que, parmi les associations d’utilité publique, « on trouve des associations qui financent très directement des colonies ou qui financent Tsahal. On a eu, par exemple, l’une d’entre elles qui a lancé une campagne pour financer des lampes torches qui seraient fixées sur les fusils M16 des soldats israéliens. »

Ces associations œuvrant pour un état qui foule le droit humain et international depuis sa création ne respectent aucun des critères d'éligibilité de la niche fiscale: associations reconnues d'utilité publique, ou organismes d'intérêt général ayant un caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, familial, culturel, ou concourant à la mise en valeur du patrimoine artistique, à la défense de l'environnement naturel ou à la diffusion de la culture, de la langue et des connaissances scientifiques françaises. 

On ne peut que saluer Nathalie Goulet pour sa probité intellectuelle et son courage politique pour mettre ce dossier sur l’agenda politique national et demander une clarification. Mais elle est désormais menacée de mort.

Alors maintenant que faire?

Faites tout simplement votre devoir de citoyen qui doit défendre ce à quoi il croit, pour que la sénatrice Goulet ne soit plus seule dans cette lutte:

1) Partagez massivement les articles qui traitent de ce sujet pour alerter le plus grand nombre. Relayer sur les réseaux sociaux le Hashtag #NonAuFinancementDeTsahal ;

2) Envoyez ce texte (ou un autre similaire) au député de votre circonscription pour relancer l'interpellation de la sénatrice Goulet et exiger que l'Assemblée Nationale demande des explications au gouvernement.

Si maintenant vous vous résignez à ne rien faire, alors vous donnez raison à ceux qui pensent que l'utilisation sans vergogne de cette niche fiscale est juste et bon pour tous : en d'autres termes, que la morale est respectée quand vos impôts servent indirectement à réprimer cruellement des innocents... comme vous.



________________________

[1] Quelques sources: RTL.fr, 25/03/2016 ; Le Parisien, 25/03/2016 ; Le Figaro, 26/03/2016; iTele, 26/03/2016 ; France Soir, 26/03/2016 ; RTL.fr, 28/03/2016 ; Global Research, 28/03/2016


2016/03/22

L’étrange cas de l'Union Jack et de Mister Hide: le lent déclin de l’hégémonie financière londonienne

L'article original a été publié par le
Centre de Recherche sur la Mondialisation
Après les Etats-Unis depuis 2008, l’attention mondiale s’est également portée depuis 18 mois sur la crise représentée par la Turquie et l’Arabie Saoudite dans le conflit international contre Daesh. Nous ne parlons pas ici de l’attention des experts, mais de l’audience mondiale au-devant de qui les rideaux tombent les uns après les autres dans les articles des journaux grand public, dévoilant successivement des pans entiers d’une réalité masquée depuis bien longtemps.
Trois autres pays font régulièrement la une, trois pays étroitement liés aux précédents : Israël avec le conflit Palestinien, ainsi que la Corée du Nord et ses relations menaçantes [1] avec les pays voisins. Le troisième pays est le Royaume-Uni et ses relations avec l’UE. Les menaces et enjeux du Brexit ont déjà été longuement détaillés.[2] Ce présent article est consacré à l’anticipation d’une autre fracture dans ce pays, révélatrice d’un autre pan de la réalité : la fracture entre la City de Londres et le reste du Royaume-Uni.
Ne nous y trompons pas : la City est l’un des objets sociaux-historiques les plus complexes à étudier. La relation de puissance qu’entretient la City a besoin d’être expliquée, décortiquée. En effet, on ne peut pas dire qu’une relation perd de la puissance si on n’explique pas quelles sont cette relation et cette puissance au départ et d’où elles proviennent historiquement, sinon la démarche tourne à vide.
Nos précédents travaux ont permis de montrer que l’histoire de l’Occident est orientée depuis le XVIIème siècle par trois mouvements de fond entrelacés :
  • l’émergence des organisations des Etats profonds et de leurs relations transnationales secrètes [3]
  • le développement des structures de la finance internationale et des banques centrales [4]
  • le développement de mouvements politico-religieux hérétiques visant depuis les XVIIème et XVIIIème siècles à renverser l’ordre établi, comme le Sabbataïsme et le Wahhabisme déstabilisant l’Empire Ottoman, ou comme les agissements de Daesh de nos jours.[5]
Ces trois mouvements de fond ont forgé l’âme profonde de la City de Londres, dont l’influence s’est développée d’une manière schizophrénique vis à vis de l’état public et visible du Royaume-Uni. À l’image du personnage du célèbre roman de Stevenson, le Royaume britannique est en réalité gouverné d’une part par l’état monarchique visible (désigné par l'Union Jack dans notre titre, et qui prend le rôle du Dr Jekyll) et d’autre part par l'élite de la City, qui est sa partie profonde, son Mister Hide, celui qui cache.

Un Royaume à deux états

La nature juridique de la City de Londres est très particulière. Elle se distingue des 32 autres districts londoniens par un statut sui generis lui conférant à la fois le titre de « Cité » et de comté cérémoniel, dont le mode d’administration est unique.
C’est en 1319 qu’une charte signée par Édouard II consacre l’autonomie de la City et le rôle prépondérant des guildes (devenues plus tard les « vénérables compagnies ») dans son administration.[6]
Le Lord-maire [7] de la City qui incarne les libertés acquises par les bourgeois, est élu traditionnellement chaque année le 29 septembre. Le deuxième samedi de novembre, celui-ci doit se rendre en très grande pompe au palais de Westminster pour recevoir, par l’intermédiaire du Lord Chancelier [8], l’agrément du souverain britannique.
Investi de sa charge, le Lord-maire est le président de la City of London Corporation, qui est à la fois un conseil d’administration et un conseil municipal. Il a notamment la responsabilité de son propre corps de police, la City of London Police.[9] La City est la seule circonscription administrative de Londres qui ne soit pas sous la juridiction par la Metropolitan Police. Il fait partie du conseil qui proclame un nouveau souverain britannique.[10]
Le Lord-maire exerce également une fonction judiciaire, puisque tous les délits commis dans la Cité sont relevables de sa juridiction. Il est président du tribunal.
La City dispose d’un remémoreur qui est un fonctionnaire désigné pour défendre les intérêts de la City de Londres au parlement britannique. Le Lord-maire reçoit officiellement des ministres des affaires étrangères d’autres états, et se déplace à l’étranger pour promouvoir les intérêts de la City. À la fois les entreprises et les résidents de la City portent la responsabilité de supporter l’industrie des services financiers et de représenter ses intérêts. Elle comporte aujourd’hui 8000 résidents mais 50 fois plus de personnes viennent y travailler tous les jours.
La gouvernance de la City n’a pas été modifiée par le Municipal Reform Act de 1835. Une tentative a eue lieu en 1894 pour supprimer la distinction entre la City et le reste de Londres, menée par la Royal Commission on the Amalgamation of the City and County of London, mais un prompt changement de gouvernement à Westminster a eu pour conséquence l’abandon de ce projet.
La City est donc juridiquement un véritable État dans le Royaume britannique.

La City, bras séculier de l’Empire britannique

À la fin du XVIème siècle, Londres devient progressivement un centre majeur pour les activités de banque et de commerce international.
Le Royal Exchange est fondé en 1565 par Sir Thomas Gresham en tant que centre pour les commerçants de Londres, et il obtint le patronage Royal en 1571.
La société East India Company reçut une Charte Royale de la Reine Elizabeth I le 31 December 1600. Les parts étaient détenues par de riches marchands et des aristocrates.
Fondée en 1694 au cœur de la City par des commerçants orfèvres, la banque d’Angleterre est la deuxième plus vieille banque centrale du monde, et la huitième plus vieille banque. Elle a été fondée pour être le banquier du gouvernement anglais. La Banque est sous statut privé de 1694 jusqu’à sa nationalisation en 1946. En 1998 elle devient une organisation publique indépendante, possédée par leTreasury Solicitor pour le compte du gouvernement.
La Banque d’Angleterre a institutionnalisé les réserves fractionnaires. William Paterson, son fondateur, est célèbre pour avoir déclaré : « la Banque reçoit les intérêts de toutes les sommes qu’elle crée à partir de rien. »[11]
Le XVIIIème siècle est une période de croissance rapide pour Londres, reflétant une population grandissante, les premiers effets de la Révolution Industrielle et le rôle de Londres comme centre de l’Empire Britannique.
La East India Company a gouverné une large part de l’Inde et du Bangladesh avec ses propres armées privées, y exerçant à la fois les fonctions militaires et administratives, à partir de 1757 après la bataille de Plassey. Lors de la Grande Famine du Bengale de 1770, environ 10 millions de personnes, soit un tiers environ de la population de cette région, meurent.[12] La famine a été causée par une monoculture de l’opium à la place de culture vivrières. Cette monoculture a été forcée par la East India Company pour l’exporter vers la Chine comme stratégie d’affaiblissement de l’Empire Chinois, menant aux guerres de l’Opium quelques années plus tard.[13]
En 1858 la Couronne Britannique nationalise la East India Company et assume directement le contrôle de l’Inde.

La City hérite de la finance internationale

Il est impossible de comprendre la puissance financière et politique de la City sans mentionner l’histoire de la famille Rothschild. Remontons quelques décennies en arrière sur le continent : Samuel Wolf Oppenheimer (1630-1703) reçut la charge de juif de cour (court jew c’est-à-dire financier, changeur de monnaie et commerçant en import export) à la cour de l’Empereur Leopold I d’Autriche. Son fils Simon Wolf Oppenheimer exerça la même fonction à la cour de Hanovre.
Jacob Simon Wolf Oppenheimer, le petit-fils de Samuel Oppenheimer, a enseigné à son apprenti Mayer Amschel Rothschild (né Meyer ou Meier Anschel Bauer)[14] les arcanes du commerce international et du change de monnaie à Hanovre entre 1757 et 1763.[15] C’est à Hanovre qu’il conduisit les premières affaires avec le Lieutenant-Général Baron von Estorff, au départ intéressé par ses connaissances de numismate. Son père Moses Amschel Bauer était déjà à Francfort préteur sur gage et changeur de monnaie. Il reprit l’affaire familiale en 1763 en l’étendant aux services financiers, au moment où von Estorff pris la charge de conseiller auprès du souverain (Landgrave) Friedrich II von Hessen-Kassel, l’un des hommes les plus riches d’Europe. Sa fortune était évaluée entre 70 et 100 millions de florins, la plupart hérités de son père Wilhelm VIII, frère du Roi de Suède.
Le Baron von Estorff recommanda au Landgrave les services de Mayer Amschel. Il obtint le titre de juif de cour en 1769.
Mayer Amschel eu ensuite l’occasion de servir d’intermédiaire financier avec le Baron von Estorff lors de l’envoi en Amérique du contingent de mercenaires Hessiens pour le service du roi anglais en 1775-76.[16] Le Landgrave de Hesse gagna 22 millions de thalers dans cette opération.[17]
Il gagna le patronage de Friedrich II von Hessen-Kassel, puis ensuite le patronage du Prince Héritier Wilhelm von Hessen qui avait le même âge que lui et auprès de qui il avait une forte influence. Après la mort subite de Friedrich II le 31 Octobre 1785 à l’âge de 65 ans,[17b] Wilhelm devint Wilhelm IX von Hessen-Kassel, et prend ensuite le nom de Wilhelm I prince-électeur de Hessen après 1805. En 1806 Mayer lui permet de mettre à l’abri son trésor lors de l’invasion de la Hessen-Kassel par les armées napoléoniennes. Napoléon voulait stopper ce trafic de mercenaires qui s’était étendu avec la Prusse.[18]
Mayer Amschel redonnant son trésor au prince-électeur de Hesse, après son retour d’exil [19]
Envoyé par son père Mayer Amschel en Angleterre en 1798, le jeune Nathan Mayer Rothschild (1777 – 1836) commença à faire fortune dans le commerce du textile anglais, un produit de grande qualité et de renommée internationale à l’époque à tel point que cette guilde est encore aujourd’hui la première dans l’ordre de préséance à la City, puis des services financiers à partir de 1805 en liaison avec son père à Francfort. Nathan Mayer joua un rôle très important au moment des guerres napoléoniennes en permettant aux armées anglaises en campagne de financer (moyennant intérêts) leurs dépenses grâce à l’or de sa famille. Il investit dans les obligations d’État britannique, en spéculant à la hausse. C’est à ce moment-là qu’il devint un partenaire indispensable de la couronne britannique. En 1814, il avait avancé 1,2 million de livres au gouvernement anglais. Lors du retour surprise de Napoléon pour les Cent-Jours en 1815, il fut capable de fournir 9,5 millions de livres aux armées coalisées.[20] Son père puis ses 4 frères avaient fondé des banques dans les 4 autres pays les plus puissants en Europe, ce qui permettait à la famille d’être constamment dans le camp des vainqueurs des différents conflits, s’assurant que leurs prêts aux souverains seraient remboursés.
Selon une affirmation très répandue dès le XIXème siècle,[21] son plus grand coup financier, basé sur un délit d’initié, se serait produit lors de la bataille de Waterloo en juin 1815 dont il connut l’issue deux jours avant l’opinion publique anglaise grâce à son important réseau de messagers en Europe qui lui avait valu de gagner un contrat avec l’armée de Wellington.[22] Vrai ou pas, quand il revendit ses obligations d’Etat en 1817, elles avaient fortement grimpé. En 1818, les Rothschild fondent de fait le marché obligataire international en lançant un emprunt en devises pour la Prusse.[22b]
Cette fortune permis à Nathan Mayer Rothschild de gagner une position d’une telle puissance à la City qu’en 1825–1826 il fut capable de prêter suffisamment d’or à la Banque d’Angleterre pour interrompre une crise de liquidités. Il devint ainsi le préteur en dernier ressort et maître incontesté de la City. Ce micro-état souverain avait désormais officieusement à sa tête une dynastie impériale, maîtresse d’une fortune colossale.
Nathan Mayer Rothschild était le pilier de la place financière de Londres, alors très portée sur le financement de la croissance aux Etats-Unis: les banques anglaises refinançaient en particulier les crédits de la multitude de banques américaines créées dans les années 1830.
À partir de ce moment l’influence de la City sur les Etats-Unis ira sans cesse croissante, mais toujours de manière profonde, dans l’univers feutré de la finance internationale.
En 2005, Mayer Anschel Rothschild fut classé 7ème dans la « Liste des hommes d’affaires les plus influents de l’histoire » par Forbes, le nommant « père de la finance internationale ».
Lors de sa mort en 1836, la fortune personnelle nette officielle de Nathan Rothschild est évaluée à 0,62% de l’ensemble du revenu national britannique, c’est-à-dire 3,22 millions de livres de 1836, soit l’équivalent du pouvoir d’achat de 370 millions de livres sterling en 2016.[23] Il est alors intéressant de se poser la question suivante : où est passée cette fortune aujourd’hui, sachant que les avoirs actuels officiels cumulés de la famille Rothschild[24] semblent bien loin d’atteindre cette somme quand on inclut simplement les intérêts composés[25], sans compter les fortunes accumulées par les autres branches de la famille ni les autres investissements ? [26]
En 1858 après une lutte d’influence de 11 ans, Lionel Nathan Rothschild devint le premier parlementaire qui siège sans prêter le serment chrétien. En 1875, Lionel de Rothschild finance en secret la part de l’État britannique dans le Canal de Suez.[22b] En 1869 Alfred de Rothschild, fils de Lionel, devint directeur à la Bank of England. En 1885 son frère Nathan Mayer devint Lord. En 1919, Rothschild est nommé à la tête du comité chargé de fixer le cours quotidien mondial de l’or à Londres.[22b]
En 1838, l’américain Georges Peabody démarre une société de trading à Londres. Elle deviendra en 1851 la première société américaine à Londres. En 1854 il prend l’américain J.S. Morgan (le père du célèbre J.P. Morgan) comme associé. Durant la crise bancaire de 1857, Peabody arrive à obtenir un prêt de 800 000 livres de la Banque d’Angleterre, évite grâce à cela la faillite et s'enrichit en rachetant  des valeurs en déroute. J.P. Morgan fait ses premières armes à Londres en 1857 dans cette société avant d’en hériter et de repartir aux USA. Il jouera un rôle déterminant à Wall Street, dans des prêts importants lors de la guerre franco-prussienne de 1871 et dans la création de la Banque Fédérale des Etats-Unis en 1913.[27] JPMorgan est aujourd’hui la 4ème entreprise du monde tous secteurs confondus.[28] 
Dans son livre paru en 1932, Rutherford citait une lettre des frères Rothschild :
“A Mr. John Sherman has written us from a town in Ohio, U.S.A., as to the profits that may be made in the National Banking business under a recent act of your Congress, a copy of which act [NDR: National Bank Act of 1863] accompanied his letter. Apparently this act has been drawn upon the plan formulated here last summer by the British Bankers’ Association and by that Association recommended to our American friends as one that if enacted into law, would prove highly profitable to the banking fraternity throughout the world.
Mr. Sherman declares that there has never before been such an opportunity for capitalists to accumulate money, as that presented by this act and that the old plan, of State Banks is so unpopular, that the new scheme will, by mere contrast, be most favorably regarded, notwithstanding the fact that it gives the National Banks an almost absolute control of the National finances. “The few who can understand the system,” he says, “will either be so interested in its profits, or so dependent on its favors, that there will be no opposition from that class, while on the other hand, the great body of the people, mentally incapable of comprehending the tremendous advantages that capital derives from the system, will bear its burdens without complaint, and perhaps without even suspecting that the system is inimical to their interests.
Please advise us fully as to this matter, and also, state whether or not you will be of assistance to us, if we conclude to establish a National Bank in the City of New York.” [29]
On peut raisonnablement penser à la suite des travaux du professeur Quigley [30] qu’une grande partie de Wall Street s’est retrouvée contrôlée par la City, et qu’en conséquence, que les Etats-Unis sont en quelque sorte redevenus en termes de souveraineté réelle un territoire parmi d’autres dans le CommonWealth britannique. Voilà pour la fameuse « relation spéciale » depuis 1945. C’est pourquoi l’influence de Wall Street sur la politique des Etats-Unis ne reflète pas l’intérêt national américain. Il est justifié de prendre en considération l’idée que les USA, gangrenés par leur Etat Profond et ses ramifications transnationales, auront finalement joué à l’insu de leur plein gré un rôle de super bras séculier depuis la fin des années 30, évitant à la City et à l’armée britannique de s’exposer davantage.

L'Union Jack et Mister Hide

Aujourd’hui, la City représente 1,4 % des emplois du Royaume-Uni, et officiellement 3 % du revenu national brut (soit 64 milliards de dollar en 2014) ainsi que 21 % des recettes fiscales du Royaume-Uni.[31]
L’influence politique de la City sur le gouvernement anglais ne fait guère de doute, à l’image de celle de Wall Street sur Washington.
Il est normal à ce stade de se poser la question de l’influence de la City sur la famille Royale elle-même.
Victoria montre sur le trône britannique en 1837. Victoria [32] épouse en février 1840 son cousin Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. En 1901, lorsque Édouard VII, fils de la reine Victoria, monte sur le trône, il porte le nom de son père et la maison royale prend dès lors le nom de Saxe-Cobourg. En 1917 il renomme sa maison de Saxe-Cobourg en Windsor. On retrouve donc à partir de 1837 une trace de l’influence saxonne et de sa culture profonde au sommet de la dynastie régnante. À titre d’exemple de dévoilement, les liens de la famille royale britannique avec Hitler entre les deux guerres mondiales resurgissent actuellement.[33]
Parvenue au faîte de leur puissance, la crise financière depuis 2007 a ouvert en grand le flux d’or vers l’Asie ce qui a signalé le tarissement du Pactole, la source des finances de la City. Les tribulations et scandales du fixing de l'or et de l'argent à Londres depuis 2003 en sont un autre indicateur. 
Source : Bullion Star, 8/03/2016
La vraie nature de Mister Hide commence à être mieux connue des citoyens du Royaume-Uni, en particulier depuis les révélations sur les fraudes fiscales planétaires (voir par exemple le livre de Nicholas Shaxson), puis celles d’Edward Snowden sur les noirs agissements du GCHQ.[34] Dès les années 1990 les liens privilégiés à Londres entre Al-Qaïda et l’état profond anglais étaient déjà affublés du sobriquet de Londonistan.
Il est déjà de notoriété publique que derrière le paravent du Commonwealth les Dépendances de la Couronne et les British Overseas Territories de Sa Majesté rassemblent le quart de tous les paradis fiscaux du monde.[35] Des organisations non gouvernementales anglaises luttent contre cette emprise [36], l’une d’entre elles écrivant : « The City effectively now stands as money launderer of the world, the capital of global crime. »[37] Cet écart toujours grandissant entre la City et le reste du Royaume-Uni fait l’objet de recherches de la part d’auteurs et d’artistes qui alimentent cette prise de conscience.[38] Malgré tout, le statut de la City elle-même reste incontesté. Nous en voulons pour preuve l’initiative internationale d’échanges automatiques d’informations fiscales pour lutter contre la fraude et le blanchiment, décidée par le G20, et mise en œuvre au travers de l’AEIO,[39] un nouveau standard de l’OCDE. La mise en opération de ce standard sera effectuée en 2017 et 2018 par les autorités fiscales de 97 juridictions officiellement déclarées à ce jour. La liste est pertinente puisqu’on y trouve des juridictions comme Andorre, Anguilla, Antigua, Aruba, Bahamas, Barbades, Bermudes, Iles Vierges Britanniques, Brunei, Cayman, Iles Cook, Curaçao, Chypre, Gibraltar, Grenade, Hong-Kong, Guernsey, Ile de Man, Jersey, Liechtenstein, Sainte Lucie, Macao, Iles Marshall, Monaco, Montserrat, Niue, Saint Kitts, Saint Martin, Saint Vincent, San Marin, Trinidad, Iles Turks, et UK. Mais nulle trace de la City qui n’a pas signé cet accord ! Alors que son indépendance vis à vis du Royaume-Uni est très grande voire totale, c’est dans les faits un état invisible, un spectre qui n’apparaît dans aucun traité depuis plus d’un siècle.
Comment stopper les agissements schizophrène de Mister Hide sans mettre en même temps la royauté de l'Union Jack sous les verrous ? [39b] Le Financial Times décrit parfaitement la situation qui prévaut désormais :
The crash and the subsequent depression broke the confidence of a generation of political leaders. All the guff they had learnt about a new financial capitalism, self-equilibrating markets and the end of boom and bust was shown to be, well, guff. Seven years on, bankers are once again clinking champagne glasses. By and large, they got off scot free. Not so politicians who believed their own propaganda and embraced the laissez faire Washington Consensus as the end of history. Capitalism survived the crash, but at the expense of a collapse of trust in ruling elites”.[40]
Ce déclin de la City est visible de manière éclatante dans l’abandon forcé de sa relation spéciale avec les US en mars 2015 pour rejoindre l’AIIB, pièce fondatrice de la nouvelle architecture financière mondiale. Cette révolution diplomatique se traduit ensuite par une visite historique en grande pompe du chef d’état chinois pendant 3 jours à Buckingham Palace, pendant laquelle il annonça une nouvelle « ère d’or » entre la Chine et le Royaume-Uni.[41] Faisons confiance aux chinois pour dîner avec le diable avec une cuillère suffisamment longue. Le souvenir des guerres de l’Opium et de la destruction de l’Empire chinois reste très vivace parmi ce peuple.
Comme tout Empire en phase de contraction, le résidu de puissance impériale se tourne vers la lutte sur sa frontière intérieure. Juste après avoir gagné l’élection générale fin 2015 David Cameron a ainsi déclaré : “For too long, we have been a passively tolerant society, saying to our citizens: as long as you obey the law, we will leave you alone. It’s often meant we have stood neutral between different values. And that’s helped foster a narrative of extremism and grievance. This Government will conclusively turn the page on this failed approach.” Au lieu de rassurer, ce discours a immédiatement été perçu par l’opinion publique du Royaume-Uni comme étant une menace directe envers les lois sur les libertés civiles et l’ouverture du dialogue démocratique.[42]
Notre anticipation est que le dévoilement de l’influence réelle de Mister Hide sur le Royaume-Uni et au-delà n’en est qu’au début. Ce dévoilement concernera l’ensemble des facteurs profonds que nous avons mentionnés, en s’étalant sur plus de 10 ans. À court terme ce n’est pas pour autant la fin de la City mais sa baisse de puissance que nous anticipons. Ce dévoilement sera à la mesure de l’influence réelle de la City, c’est à dire planétaire.
La crise systémique globale, l’émergence de nouvelles places financières de tout premier plan (par exemple Shanghai et son marché de l’or), la marginalisation politique du Royaume-Uni au sein de l’UE, le renforcement de la zone Euro… tout cela a commencé à diminuer l’influence de la City qui ne retrouvera pas sa puissance d’antan car la roue tourne. C’est l’histoire d’un Empire en déclin après avoir fait la guerre à plus de 125 peuples depuis sa fondation en 1707.[43]
Dr Bruno Paul 

À propos de l’auteur :
Le Dr Bruno Paul est le fondateur et directeur des études de Conscience-Sociale.org, un producteur culturel autonome pratiquant la transdisciplinarité créé en 2008.
Il s’agit d’abord de contribuer à éclairer le sens à toutes les échelles de décision, du citoyen jusqu’aux parties prenantes dans les relations internationales. Voici notre manifeste.


[1] Lire à ce sujet : NKNews, 01/2016
[2] Global Europe Anticipation Bulletin, n 102, 02/2016
[3] Pour la définition précise et l’origine de ce terme en sciences politiques, voir Conscience Sociale, 03/2014 ; Ces liens historiques mettent également en évidence que des acteurs de l’Etat Profond ont enraciné leur influence non seulement en Turquie et aux USA (et ses pays satellites traditionnels en Asie comme le Japon, la Corée du Sud ou les Philippines), mais aussi au Canada, en Angleterre, en Allemagne (voir iciici et ici), en Italie, en France, en Egypte, en Arabie Saoudite, en Inde , en Thaïlande
[4] Conscience Sociale, 03/2015
[5] La philosophie morale de l’Ancien Testament est en lutte contre l’anti-morale qui a culminé avec Sabbataï Tzvi et les Sabbataïstes, dont le mouvement s’est historiquement prolongé avec les Dönmeh et les Frankistes. Le dénouement de la crise actuelle marquera également, selon nous, l’échec de ce détournement antinomique de la morale que l’on reconnaît par la formule de Tzvi « C’est en violant la Torah qu’on l’accomplit ». Pour aller plus loin sur ces concepts méta historiques, lire Conscience Sociale, 10/2014.
[6] Depuis cette époque, l’organisation municipale de la City gravite toujours autour de la Corporation de la City de Londres comprenant le Lord-maire (Lord Mayor), les 25 échevins (le Court of Aldermen) élus à vie à raison d’un par quartier (ward) et des 150 conseillers (le Court of Common Council) élus annuellement représentant les 110 vénérables compagnies répertoriées dans la City. Ne sont éligibles à ces conseils que des résidents déclarés Hommes Libres de la City de Londres. La City of London Corporation est probablement l’autorité de gouvernement local élue de manière continue la plus ancienne au monde.
[7] Terme apparaissant dès 1414 et devenant usuel après 1545.
[8] Le Lord Chancelier est un membre du Cabinet, responsable du bon fonctionnement et de l’indépendance des tribunaux.
[9] Ainsi que des écoles, des marchés et de la voirie de la Cité, des services d’hygiène du port et des ponts franchissant la Tamise au niveau de son territoire.
[10] Il a également la particularité d’octroyer au monarque britannique la permission ou non de pénétrer sur sa juridiction, en lui remettant solennellement son épée.
[11]  Avec les monnaies fiduciaires, les banques centrales font encore mieux comme accumulation d’intérêts sans effort : voir The Guardian, 03/2014 ; Global Research, 02/2013. À ce sujet on était prévenu depuis des siècles : “If ever again our nation stumbles upon unfunded paper, it shall surely be like death to our body politic. This country will crash.” – George Washington, (1732-1799). “A theft of greater magnitude and still more ruinous, is the making of paper money; it is greater because in this money there is absolutely no real value; it is more ruinous because by its gradual depreciation during the time of its existence, it produces the effect which would be proration of the coins. All those iniquities are founded on the false idea the money is but a sign.” – Destutt de Tracy, (1754-1836).
[12]  La politique de Churchill en 1943 causera la deuxième grande famine dans ce pays.
[13] Toutes ressemblances avec des situations contemporaines où l’Afghanistan et la Colombie remplacent le Bengale ne sont pas des coïncidences. Voir P.D. Scott, La Machine de guerre américaine – La politique profonde, la CIA, la drogue, l’Afghanistan, Rowman & Littlefield Publishers (2010, english), Ed. Demi Lune (2012, français)
[14] Il est intéressant de noter que « destiné par ses parents à devenir rabbin, il fut envoyé à Fürth [NDR: à 220 km de Francfort] pour y suivre un cours de théologie juive, mais la vocation lui faisait défaut. » ; source : La revue des deux Mondes, tome 87 (1888). Sur l'origine du nom Rothschild on consultera A. Elon, Founder: A Portrait of the First Rothschild and His Time, chapitre 1 (1996).
[15]  Site officiel de la famille Rothschild
[16] Site officiel de la famille Rothschild ; R. Atwood, The Hessians – Mercenaries from Hessen-Kassel in the American Revolution (2002). On peut lire page 36 : « To the British, speed was essential in concluding the treaty with Hessen. They granted the Landgraf numerous favourable terms, including back-dating the subsidy to 15 January, in order that he should set his corps in motion as quickly as possible. »
[17]  La revue des deux Mondes, tome 87 (1888)

[17b] On remarque que Jacob Frank s'est installé au Isenburger Schloss à Offenbach en 1786, à un peu plus de 6 km du ghetto juif où habitait la famille Rothschild. Il y décède en 1791, et sa fille Ewa en 1816. Pour aller plus loin lire cet article et la bibliographie rassemblée en annexe.
[18]  Comme l’affirmait Napoléon Bonaparte (1769-1821) : “When a government is dependent upon bankers for money, they and not the leaders of the government control the situation, since the hand that gives is above the hand that takes… Money has no motherland; financiers are without patriotism and without decency; their sole object is gain.
[19]  « In 1806, Napoleon invaded Hesse in response to Wilhelm’s support for Prussia. The Landgrave went into exile in the Duchy of Holstein, but Rothschild was able to continue as his banker, investing funds in London [where one of his son has a bank]. He also profited from importing goods in circumvention of Napoleon’s continental blockade. As a result of these dealings, Mayer Amschel amassed a not inconsiderable fortune » ; source : site officiel de la famille Rothschild
[20] W.  Berdrow, Büch Berühmte Kaufleute – Männer von Tatkraft und Unternehmungsgeist in ihrem Lebensgange vorgestellt, Pp. 194 (1905)
[21] Voir par exemple V. Hugo, Melancholia in Les Contemplations (1856), ainsi que le dialogue suivant tiré d'un roman de Balzac :
La banque envisagée ainsi devient toute une politique, elle exige une tête puissante, et porte alors un homme bien trempé à se mettre au-dessus des lois de la probité dans lesquelles il se trouve à l'étroit.
– Tu as raison, mon fils, dit Blondet. Mais nous seuls, nous comprenons que c'est alors la guerre portée dans le monde de l'argent. Le banquier est un conquérant qui sacrifie des masses pour arriver à des résultats cachés; ses soldats sont les intérêts des particuliers, il a ses stratagèmes à combiner, ses embuscades à tendre, ses partisans à lancer, ses villes à prendre. La plupart de ces hommes sont si contigus à la politique, qu'ils finissent par s'en mêler, et leurs fortunes y succombent. [...] Dans chaque siècle, il se trouve un banquier de fortune colossale qui ne laisse ni fortune ni successeur. [...] La Banque est comme le Temps, elle dévore ses enfants. Pour pouvoir subsister, le banquier doit devenir noble, fonder une dynastie comme les prêteurs de Charles-Quint, les Fugger, créés princes de Babenhausen, et qui existent encore... dans l'almanach de Gotha.” – Honoré de Balzac, La Haute Banque. La maison Nucingen, Pp 17 (1838).
[22]  Pr. N. Ferguson, The House of Rothschild, Volume 1: Money’s Prophets, 1798–1848 (1999)

[22b] Voir le site officiel de la banque d'affaires Rothschild
[23]  Pr. N. Fergusson, The Ascent of Money, Pp. 88, (2008) ; Données historiques du PNB par la Banque d’Angleterre ; calculateur d’inflation de la livre sterling.
[24]  “This may come as a bit of a surprise, as you can browse through Forbes’ extensive rich list and not find a single mention of the name ‘Rothschild’ in their list of the 500 wealthiest people on Earth. This is because the Rothschild’s wealth has been distributed amongst hundreds of heirs throughout the years, and has therefore diluted each individual’s personal fortune. With this being said, it is estimated that the Rothschild Family as a whole still possess in the region of $350 billion USD in assets throughout the world. Bear in mind that this is a low estimation. Due to their great secrecy, the sheer amount of assets they hold, and the scale of their operations, it is difficult to estimate exactly how much the Rothschild Family are worth. Higher estimates have placed it in the region of $1 trillion USD, making them by far the wealthiest family on Earth.”; source: theRichest.com, 06/2014.
[25]  Avec un taux d’intérêt cumulé constant de 5 % par an (valeur faible pour une banque d’investissement, si on se rapporte à l’historique des taux d’intérêts de la Banque d’Angleterre), 1 livre donne 6517 livres au bout de 180 ans (calculatrice). Donc 370 millions donnent 2411 milliards de livres sterling.
[26]  Par exemple, ces avoirs peuvent-ils bénéficier du statut de la City qui est le plus opaque paradis fiscal du monde ?
[27]  Pr. Murray N. Rothbard, The origins of the Federal Reserve, The Quarterly Journal of Austrian Economics vol. 2, no. 3 (Fall 1999), Pp. 3–51
[28]  Source : Forbes
[29]  Lettre attribuée aux frères Rothschild et rédigée en 1863, citée par J. F. Rutherford in Vindication, Livre II, Chapitre 6, Pp. 172-173, (1932). Elle est également citée par W.A. Overholser dans A short review and analysis of the history of money in the United States, Progress Publishing Concern, Pp.46 (1936), et dans de nombreux autres ouvrages à partir de 1932 jusqu’à nos jours. Authentique ou pas, la reprise constante de cette citation au cours des décennies montre combien cette notion de l’influence de la City sur Wall Street et Washington est prégnante parmi les auteurs spécialisés dans ce domaine.
[30]  Source : Pr Caroll Quigley, Tragedy and Hope: A History of the World in Our Time (1966) ; ainsi que The Anglo-American Establishment: From Rhodes to Cliveden (1981) ; traduction en français Histoire secrète de l'oligarchie anglo-américaine, Ed. Retour aux sources (2015).
[31]  Sputnik News, 03/2016
[32]  Sa mère était déjà de la maison Saxe-Cobourg. Elle a eu une très forte influence sur l’éducation de sa fille, orpheline de son père. Citons également le mariage morganatique du prince Alexandre de Hesse, fils de Louis II, grand-duc de Hesse avec la comtesse Julia von Hauke, qui fut titrée comtesse de Battenberg, en contrepartie de l'exclusion de sa descendance de la ligne de succession du trône du Grand Duché de Hesse. La branche britannique changea le nom de Battenberg en Mountbatten (qui est la traduction littérale anglaise de l'allemand Battenberg) en 1914.
[33] Source: Pr. Guido G. Preparata, Conjuring Hitler: How Britain and America made Third Reich (2005) ; BBC, 03/2016 ; Paris Match, 07/2015
[34]  Voir l’article sur les révélations de Snowden sur Wikipedia
[35]  RT, 06/2015
[36]  Tax Research UK, 08/2015
[37]  True Publica.org.uk, 03/2016
[38]  Treasure Islands, 02/2016
[39]  Automatic Exchange Of Information ; source : OECD

[39b] Le site officiel de la banque d'affaire Rothschild précise que grâce à un réseau international de succursales la branche française survit à sa nationalisation en France en 1982.
[40]  Financial Times, 12/2015
[41]  Financial Times, 10/2015
[42]  The Guardian, 05/2015
[43]  Source : wikipedia
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