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2017/04/03

Sondages et démocratie : Gov et les média



[Sondages et démocratie : voir Introduction et méthodologie]

A partir de ce que les utilisateurs de Gov déclarent, voici la synthèse de l'opinion des Français sur les média :

thèmequestionle % de réponses oui
est compris entre...
et...Nbre de Govs
« aujourd’hui » Observé
duréedate
mediaà force de compromissions, les médias ont-ils depuis longtemps renoncés à défendre la démocratie ? Oui +7595~1000 le premier jour2j17/03/17
mediaCroyez-vous à l’impartialité des médias ? Oui+1014174542j23/03/17
mediaPensez-vous qu’Emmanuel Macron est surestimé par les médias et les instituts
de sondage ?
859194452j31/03/17
mediaPensez-vous que les medias sont totalement honnêtes à propos de la
campagne présidentielle ?
81282412j23/03/17
mediaFaut-il que la presse redevienne indépendante ? Oui+929680422j28/03/17
mediaexaspération face aux mêmes experts politiques pérorant en boucle sur tous
les médias pour la présidentielle ?
899379762j30/03/17
mediaCroyez-vous aux sondages des grands journaux ?101676852j30/03/17
mediala presse a perdu son indépendance depuis qu’elle est aux mains de grands groupes financiers ?859169882j28/03/17
mediaPensez-vous qu’il y a des conflits d’intérêt entre certains médias et certains politiques ? Oui+949867972j27/03/17
mediaPensez-vous que les journalistes cherchent à dire sans nuire +
ou au contraire à dire pour nuire - ?
182654612j23/03/17
mediaConsidérez-vous que l’image de Putin est biaisée dans les médias français ?707848712j01/04/17
mediaPensez-vous que les sources d’informations d’internet que vous utilisez sont suffisamment fiables ? Oui +344819492j03/04/17

Vous pouvez consulter également :

l'opinion des Français sur la démocratie en France:

voir ici.

l'opinion des Goveurs sur la campagne présidentielle:

voir ici.

l'opinion des Français sur la politique internationale:

voir ici.

l'opinion des Français sur l'éducation en France:

voir ici.

l'opinion des Français sur la philosophie et la religion:

voir ici.

l'opinion des Français sur la société française:

voir ici 

l'opinion des Français sur l'économie:

voir ici

Sondages et démocratie

GOV est la petite application qui monte. C'est un embryon de démocratie directe qui vient donner quelques coups de pied dans la fourmilière du système de contrôle médiatique.

Si vous ne la connaissez pas encore, lisez l'article sur Le Figaro paru l'année dernière, Le Parisien, l'article du 20 mars LCI s'allie à Gov, l'intéressant article de La Dépèche paru hier, ou mieux: écoutez le débat bref mais intense aujourd'hui sur RTL Matin (repères: 1h09 à 1h16), qui a opposé les représentants de Gov et de l'institut de sondage Kantar TNS (anciennement TNS Sofres), ce dernier étant particulièrement sur la défensive. 
"Nous vivons dans un système qui est défié totalement et les sondeurs font partie de ce système."
Les péchés mortels des sondeurs traditionnels sont connus, et cet article récent de France Info les explique particulièrement bien. Je vous conseille de le relire attentivement.


Gov présente de grands avantages, très résumés dans l'interview de RTL, mais aussi quelques défauts (de jeunesse ?).
Par exemple suite à cette exposition médiatique, les serveurs de Gov ont été saturés, et l'application ne répondait pratiquement plus depuis lundi matin 8h15 (màj: le retour à la normale s'est produit un peu après le débat des 11 candidats à la présidentielle, mercredi matin). 
Mais il y a plus. Cet article se propose de donner quelques éclairages qui tombent à pic.

1) quelle est la part des Français qui pensent comme vous ?


Gov vous permet d'estimer en 48h quelle part des Français pensent comme vous sur chaque question qui vous tient à cœur. Cette parole directement montante du peuple est à l'opposé d'initiative comme celle de Decideus.com par exemple. 

Cependant, cette estimation du pourcentage national doit être assortie, à mon sens, d'indispensables précautions, liées au nombre de réponses enregistrées.

A chaque vote, l'application indique un nombre de "points Govs". Ce nombre est-il égal au nombre de votes reçus ? Nous ne le pensons pas. En effet à chaque clic, le nombre s’accroît au minimum de 8 ou 9 Govs, indépendamment de la question, du nombre de govs déjà reçus, de l'heure du jour ou de la nuit, ou du nombre d'utilisateurs simultanés. Ceci n'est pas le comportement d'un algorithme visant à optimiser la tenue à la charge d'une application. Nous avons donc pris comme règle pour tous nos résultats 1 vote réel = 8 govs.
Ensuite, il faut estimer quel est l’intervalle de confiance de cette estimation.
En statistiques, pour un échantillon aléatoire de 1000 personnes, l’intervalle de confiance est (au seuil de probabilité de 95%) de plus ou moins 3.1%. Mais il s'agit là de la règle pour un sondage réalisé par tirage aléatoire. 

Pour un sondage utilisant la méthode des quotas, il n'existe pas d'estimation scientifique de l’intervalle de confiance. Pire, la méthode des quotas part de l'hypothèse que les quotas définis par la catégorie socio-culturelle, le lieu de résidence, permettent de représenter fidèlement l'opinion nationale. Cette hypothèse n'est jamais démontrée. Au mieux est-elle valable a posteriori, quand on connait déjà le résultat national à obtenir parce que l'opinion aurait très peu changé depuis la dernière élection. Dans ce cas, l'usage est de dire, sans le démontrer, que l'intervalle de confiance est "inférieur ou égal à celui obtenu avec le sondage selon la méthode aléatoire". 
Et ceci c'est dans le meilleur des cas, celui où le sondage n'est pas complètement pipé, comme l'explique l'article de France Info. Nous pouvons le dire avec un peu d'humour : quand le sujet de sondage n'est pas socialement critique, la méthode des quotas est faite pour vous.
Nous pensons que l'état de bouillonnement dans lequel se trouvent les sociétés occidentales, du fait de la profondeur de la crise où elle sont plongées (cf ci-dessous en particulier le paragraphe 10), invalide purement et simplement les sondages par quotas.

Gov est disponible depuis décembre 2013. Il existe environ 130 000 inscrits sur Gov, dont actuellement 40 à 50 000 utilisateurs actifs chaque jour (cf supra l'interview RTL). En avril 2016, Gov comptait 4 millions de votes enregistrés. A ce jour il en compte 7 millions.

Sur les questions visant à mieux les caractériser, les utilisateurs de Gov déclarent ceci entre le 8 et le 10/04 :


Vous vivez à Paris (+) ou en province ?
Vivez-vous en région parisienne (-) ou en province (+)?
% de oui/+
29
68
govs
15395
12335

Vivez-vous dans une commune de plus de 50000 habitants ?
46 11702
Avez-vous plus (+) ou moins de 25 ans ? 86 11694

Etes-vous sur Gov depuis + d’un an ou moins ? 7 6698

Ton âge : supérieur à 40 ans (+) ou inférieur à 40 ans ?

76

6506

Avez-vous déjà assisté à un conseil municipal dans votre commune ?

33 5734
Etes-vous en couple (+) ou célibataire ?

Votre niveau d'anglais est-il suffisant pour vous  informer via les sites de langue anglaise ? 
82

50

6000

(depuis le 20/4)


Chaque réponse est associée à un profil d'inscrit. Les CGU précisent que :
 Les résultats mis en avant par l'Application ne constituent en aucun cas des sondages au sens de la loi n° 77-808 du 19 juillet 1977 relative à la publication et à la diffusion de certains sondages d'opinion. Ces résultats ne font que refléter l'opinion des membres de la communauté GOV ayant accepté de répondre à telle ou telle question et ne sont en aucune manière des résultats représentatifs de l'opinion de la population du pays.

Cependant, il est envisageable d'assimiler les utilisateurs de Gov répondant sur 24h glissantes à un tirage aléatoire parmi la population française. (1)
Nous avons restreint notre étude aux questions qui sont nouvellement publiées, et qui restent jusqu'à 48h dans un état "actif". (2) 
Nous avons utilisé cette table pour estimer l'intervalle de confiance brut. Celui-ci a ensuite été arrondi à l'unité supérieure. Nos résultats sont ensuite présentés par une fourchette : "le % de réponses Oui (ou + ou Pour ou D'accord) est compris entre...% et ... %". 
Nous n'avons pas utilisé dans nos résultats les questions actives en permanence sur l'appréciation des candidats puisqu'il est permis d'apprécier plusieurs candidats à la fois toutes les 24h.

2) quelles questions sont éligibles sur Gov ?


Le premier défaut des sondages traditionnels que comble Gov est celui de la pertinence des questions posées. Ce sont les internautes qui posent les questions. Les administrateurs de Gov les filtre. Ce filtre est très opaque. Aucun retour n'est donné. Le compte Twitter de GOV indique que les questions sont filtrées pour des raisons de doublons, d'orthographe, ou qui ne sont pas liées aux programmes des candidats (pour les questions sur la politique). (3) A l'inverse nous avons observé un petit nombre de doublons acceptés ou de questions extrêmement ambiguës.
A notre connaissance, les administrateurs de Gov ne modifient pas les questions soumises: soit elles sont refusées, soit elles sont publiées telles quelles. Il n'y a pas de place pour le "politiquement correct", vous allez vite vous en rendre compte.

3) où trouver l'historique des questions de Gov ? 


Il est possible de retrouver une question anciennement posée sur Gov mais cela ne se recherche que sur mot-clé. Et surtout, les histogrammes ne comportent pas les nombres de réponses. Un nombre inférieur à 900 govs ne donne pas selon nous un résultat exploitable.

Nous avons donc enregistré au fil des jours une série de résultats détaillés, qui permet de mieux comprendre ce qui se passe sur Gov comme phénomène de démocratie. Bien que l'attrait de Gov soit particulier en cette période de campagne, nous avons essayé de capturer des signes de tendance profonde dans la société,  qui ne changent pas du jour au lendemain. Il s'agit pour nous de dépeindre Voilà de quoi demain sera fait.

Cette synthèse des résultats est à jour unique.
[MàJ 6/04/2017] : Nous avons complété cette première radiographie de la France par une évaluation de la population des Goveurs sur la campagne présidentielle. Pour ces questions spécifiques, nous donnons quelques éléments supplémentaires qui nous font penser que l'électorat de Gov s'est décantée depuis mars, et qu'il ne représente plus suffisamment bien l'électorat national. 

4) ce que les utilisateurs de Gov disent sur cet outil


thème question le % de réponses Oui/+/pour
est compris entre...
et... Nbre de Govs
« aujourd’hui » Observé
durée date
gov l’ensemble des goveurs forme-t-il un ensemble représentatif du corps électoral français ? 50 56 13844 2j 29/03/17
gov Pensez-vous que les réponses / statistiques de cette application reflètent la pensée de l’ensemble des français ? 48 54 9743 2j 29/03/17
gov Gov était le seul à donner Fillon et Hamon gagnants aux primaires…
Croyez-vous Gov plus performant que les sondages classiques ? Oui +
71 77 12997 2j 02/04/17
gov Pensez-vous que les résultats des sondages sur Gov représentent l’opinion de l’ensemble des français ? 50 56 10125 2j 01/04/17
gov Gov utile (+) ou bien gadget ? 78 88 2414 2j 27/03/17
gov Répondez-vous tout le temps sérieusement sur Gov (+)
ou vous arrive-t-il de mentir ?
89 n/a 140 1 mois Du 27/02 au 27/03/17
gov les militants fillonistes et macronistes faussent les résultats des sondages Gov ? Oui + 47 n/a 315
depuis le 6/03
gov GOV préfigure-t-il l’outil de démocratie directe d’un futur relativement proche (oui+) 66 72 9701 2j 27/03/17

 n/a signale un nombre de réponses trop faible pour calculer un intervalle de confiance. Cependant le fait que la question existe présente déjà un intérêt.
Dans les synthèses ci-dessous les questions où le nombre de govs est surligné en jaune sont celles qui sont encore actives à cette heure, et qui continuent d'évoluer.

En synthèse, à partir de ce que les utilisateurs de Gov déclarent, voici ce que l'on peut constater sur :

5) l'opinion des Français sur les média

voir ici.

6) l'opinion des Français sur la démocratie en France

voir ici.

7) l'opinion des Goveurs sur la campagne présidentielle

voir ici.

8) l'opinion des Français sur la politique internationale

voir ici.

9) l'opinion des Français sur l'éducation en France

voir ici.

10) l'opinion des Français sur la philosophie et la religion

voir ici.

11) l'opinion des Français sur la société française

voir ici 

12) l'opinion des Français sur l'économie

voir ici

Méthodologie :
Tous les résultats ont été observés entre le 12/03 et le 3/04/2017.
Nous avons pris comme règle pour calculer l'intervalle de confiance : 1 vote réel = 8 govs.
Les nombres de govs sont donnés sur 24h glissantes. Ce chiffre doit être distingué des valeurs et histogrammes par jour calendaire. Il doit aussi être distingué du nombre maximum effectivement atteint pour une question sur 24h glissantes. Comme ce maximum n'est pas consultable, nous nous sommes fondés sur nos observations directes. 
_________________

(1) : Evidemment il existe un certain nombre de biais contre cette hypothèes parmi lesquels :
  • gov n'existe que sur iOS ou Android ; le taux d'équipement en smartphone ou en tablette pourrait sur-représenter certaines tranches d'âge (86% des utilisateurs de Gov ont plus de 25 ans), les urbains (46% des utilisateurs de Gov habitent dans une ville de plus de 50000 habitants), et les professions tertiaires
  • gov est intégralement en langue française mais ne restreint pas les participants à la France, ni ne contrôle l'âge des participants : une partie des utilisateurs de Gov n'ont pas le droit de vote en France
(2) : Le cycle de vie des questions sur Gov est relativement complexe et sa description détaillée dépasse le cadre de cet article.
Nous avons sélectionné les questions qui répondaient à 2 critères:
  • obtenir un nombre suffisant de réponses (> 900 govs sur 24h glissantes)
  • présenter un caractère le plus pertinent à nos yeux
Les réponses sur Gov pour chaque question sont présentées distribuées selon la préférence politique initiale indiquée dans le profil des usagers. Nous n'avons pas utilisé ces données, pour de multiples raisons méthodologiques.

(3) : Nous avons personnellement soumis au fil des jours 27 questions qui ont été acceptées. 14 autres ont été refusées bien qu'elles ne rentrent pas dans ces raisons. La liste de ces questions peut être obtenue sur demande. 

2014/11/22

Le Référendum des Suisses sur l’Or : une Bonne Idée aux Conséquences Imprévues

Je publie ici la traduction en français que j'ai faite de l'article de Keith Weiner, "Swiss ‪Gold‬ Initiative: Good Idea With Unintended Consequences" publié cette semaine sur Forbes.com, avec l'autorisation de l'auteur.

________________


Il se prépare en ce moment une initiative très intéressante en Suisse, sous la forme d’un référendum qui vise à imposer à la Banque Nationale Suisse (BNS) de maintenir 20 % de ses réserves en or. Les électeurs se prononceront le 30 novembre. Je ne cherche pas prédire le résultat du vote, mais je veux discuter ici de l'impact probable en cas de victoire du oui.

La plupart des analyses sur cette initiative porte sur le prix de l'or. Une prédiction typique est que ce dernier va monter, puisque l'achat d’or de la BNS excéderait l'offre. Cependant Mike Shedlock note que, "Quasiment tout l'or jamais extrait est disponible ...". En effet l'or est infiniment recyclable. La demande de la BNS serait faible par rapport aux stocks d'or présents à travers le monde, et c’est pourquoi le prix ne variera pas beaucoup. Shedlock ajoute: "Il est tout à fait possible que les achats de la BNS pourraient modifier de manière significative les perceptions ...". Je suis d'accord que le sentiment du marché est mûr pour basculer.

Le prix n’est pas une perspective très intéressante, sauf si vous êtes un trader sur le marché de l’or. Il est beaucoup plus important de noter que le référendum propose le premier changement monétaire positif depuis des décennies. Il réintroduit un lien entre l'or et l’activité bancaire, et impose un obstacle à la dévaluation monétaire. Pour cela, les Suisses sont des héros.

Il existe une faille critique dans notre système de devises flottantes. Chaque actif financier est une dette portée par quelqu'un. Lorsqu’une devise varie, elle crée des gagnants et des perdants. Les grands mouvements peuvent nuire aux banques dont les portefeuilles de prêts sont situés dans d’autres pays.

C’est pourquoi la BNS ne permet pas actuellement que l'euro chute en dessous de 1,2 francs. Pour maintenir cette parité, la banque centrale vend des francs et achète des euros. Il n'y a aucune limite à cette dévaluation du franc délibérée, qui dépouille les épargnants suisses, les investisseurs et les entreprises.

Les grands exportateurs comme Swatch et Nestlé peuvent avoir exercé des pressions pour un franc suisse plus faible, dans l'espoir de rendre leurs produits plus compétitifs, mais ce n’est qu’un aspect annexe. Le but réel de la dévaluation du franc est de protéger les banques suisses de la dévaluation de l'euro. Elles sont vulnérables, parce qu'elles accordent beaucoup de prêts hors du pays. Ils ont des actifs libellés en euro et les passifs libellés en franc suisse. Ils subissent des pertes lorsque l'euro chute, ou que le franc monte.

Deux exemples permettent d'illustrer le problème. Tout d'abord, imaginons que Jens en Allemagne emprunte un million d'euros auprès du Crédit Suisse. Alors que l'euro chute, Jens rembourse la banque en euro dont la valeur est de plus en plus petite. Sur les livres de compte en franc suisse du Crédit Suisse, la valeur du prêt chute comme une pierre. Jens est heureux, mais le Crédit Suisse ne l’est pas.

Ensuite, regardons Adriana en Italie qui emprunte aussi de l'argent, mais pas en euro. Elle obtient un million de francs suisses d’UBS. Alors que l'euro chute, Adriana le ressent comme un franc en hausse. Son paiement mensuel monte de plus en plus. UBS est heureux, au moins au début, parce que le prêt d’Adriana est en francs. Cependant Adriana se retrouve coincée. Quand elle ne peut plus rembourser, alors UBS devient aussi malheureux que le Crédit Suisse.

A chaque fois, le capital des banques suisses s’érode. Si l'euro chute suffisamment, alors les banques pourraient faire faillite. Seulement, ils savent où est la limite, et ce n’est probablement pas trop loin sous de la parité actuelle de 1,2 francs.

En cas de victoire du oui, les déposants des banques suisses ne vont pas ressentir la douleur causée par la devise, au premier abord. Ils sont heureux de posséder des francs suisses, surtout si le franc est à la hausse. Au lieu de cela, ils devraient se soucier des conséquences inattendues de la fin de l’ancrage à l'euro. Leur franc fort ne sera pas bienvenu dans le cas d'insolvabilité bancaire.

Malheureusement le régime du papier-monnaie impose un dilemme amer au peuple suisse. Ils n’ont que le choix entre des pertes lentes par la dévaluation ou des pertes totales par la faillite. Ils méritent une meilleure option, celle d’une feuille de route concrète vers l'étalon-or.

Il est formidable que le peuple suisse lutte pour se rapprocher de l'or. Je suis un ardent défenseur de l'étalon-or, et je tiens à applaudir mes amis suisses. Pourtant, je dois les mettre en garde aujourd'hui. Je me rends compte qu'ils ont dépensé beaucoup d'argent et de capital politique pour arriver jusqu'ici, mais je ne veux pas gagner cette bataille et perdre la guerre. Ils ont besoin d'une nouvelle initiative populaire, qui prenne en compte les prêts des banques libellés en euro.


2014/04/08

Combler le vide stratégique


Ecoutez cette interview sur Xerfi Canal de Philippe Baumard, Professeur des universités à Aix-Marseille Université et chercheur au sein de la chaire Innovation & Régulation des services numériques de l'École Polytechnique.
Pourrait-on imaginer titre plus explicite que celui de « vide stratégique » ? Assurément non. On doit donc être reconnaissant à Philippe Baumard, figure emblématique de la discipline de l’intelligence économique d’avoir aussi clairement mis les mots sur nos maux actuels.
Ce serait donc l’incompétence des élites qui serait l’un des facteurs explicatifs déterminants de la crise que nous vivons depuis bientôt 7 ans… si ce n’est plus.

Une interview menée par Jean-Philippe Denis.



2013/06/25

#PRISM: voir avant, voir après

 J'ai eu le plaisir d'animer une session jeudi 20 à 13h lors de la dernière conférence Pas Sage en Seine 2013 (PSES2013), à propos de l'affaire #PRISM.

"Anticiper #PRISM et anticiper la suite de l'histoire : Le geste politique d'Edward Snowden avait été correctement anticipé dans un contexte de montée en puissance de l'hacktivisme aux U.S. Nous discuterons de l'utilisation de la méthode de l'anticipation politique pour cette analyse, et ce qu'elle nous apprend pour la suite de la transformation socio-politique en cours aux U.S."

Vous pouvez retrouver son enregistrement vidéo ici, et le support que j'ai utilisé ici. Il est diffusé sous CC BY SA. (Le micro ne fonctionnait pas toujours très bien, désolé pour la qualité du son.)

Un point important que l'on n'a pas abordé lors de cette session: l'implication du GCHQ et l'impact de cette information sur la politique intérieure du Royaume-Uni et sa relation avec l'Union Européenne.

2013/01/17

Stop the European bankers who are very reluctant to follow the new fixings regulation


Let's summarize the facts :
"Euribor-EBF believes that the Euribor benchmark should be run by an independent, non-profit driven structure, with the introduction of public supervision. [...] Euribor-EBF supports the introduction of European public supervision on benchmarks. Supervision should also apply before and after the fixing delivery."
"The European Commission [...] wish[es] to have the Euribor panel as large as possible in order to enhance the credibility of the benchmark. Therefore, they are considering making mandatory for banks with a significant turnover in the money markets to be part of the panel."
"Euribor-EBF agrees with the agencies that more specific controls have to be in place and that banks have to implement strictly the Code of Conduct they subscribe to when contributing to Euribor."
"[...] we are closely following the developments taking place as regards the shrinking number of panel members for establishing EURIBOR and EONIA rates. Given the authorities’ commitment to addressing the shortcomings revealed in the rate-setting process, it is in the interest of markets that banks remain in the panel while the regulatory framework is being amended and behave as responsible market participants, thus preventing potential disruption in the functioning of an important financial market segment."

One bank withdrew from the Euribor panel and four from the Eurepo panel between July and end November 2012. But the list of reluctant bankers is still growing :
  • Dec. 2012: HSBC ceases contributing to the Eurepo Index after 7 December 2012 
  • Dec. 2012: Rabobank stops contributing to the Eurepo & Eonia Swap Index on 11 December 2012 
  • Dec. 2012: DZ Bank stops contributing to the USD Euribor and Eonia Swap Index on 1 January 2013 
  • Jan. 2013: BayernLB has stopped contributing to the Euribor-Eonia, USD Euribor and Eurepo Indexes on 1 January 
  • Jan. 2013: Helaba Landesbank Hessen-Thüringen ceased contributing to the USD Euribor Index on 2 January 2013 
  • Jan. 2013: Banque et Caisse d'Epargne de l'Etat (Luxembourg) will stop contributing to Eurepo after 4 January 2013 
  • Jan. 2013: Raiffeisen Bank International (RBI) will stop contributing to Euribor, Eonia, USD Euribor and Eurepo on 15 January 
  • Jan. 2013: Société Générale will stop contributing to the Eonia Swap Index after 15 January
  • Jan. 2013: Citigroup will cease contributing to the Eurepo Index as of 1 February 2013
These banks are clearly defying the regulators and the European Commission, hence harming the EU financial stability and our common interest. This is irresponsible. As citizens, we can boycott these banks. But we can also collectively ask to the european banking regulators to withdraw their banking licences, if the European Commission do not make them mandatory quickly to be part of the panel. If players do not want to play the new rules, they are not the players any more.

Euribor-EBF current Panel Banks
  • Euribor® Panel Banks : here
  • Eonia® Panel Banks : here
  • Eurepo® Panel Banks : here
  • Eoniaswap® Panel Banks : here

Update 02/08/2013 : citizens have been listened by EC 
"The Governing Council of the European Central Bank welcomes the European Commission’s intention to introduce further legislation regulating systemically important reference rates. [...]
The Eurosystem notes the recent decisions of some banks to withdraw from the Euribor panel. [...]
For such rates to remain representative, it is essential that there is an appropriate level of bank participation in the respective panels. The Eurosystem therefore welcomes the Commission’s intention to also include in its legislative proposal the power to compel mandatory submissions for systemically important reference rates, in order to prevent disruptions to their production process."
Source: ECB press release

"The Commission is considering a legal obligation for banks to participate in Euribor. Euribor-EBF considers this as a sensible precautionary measure against which there can be no objection."
Source: Euribor-EBF


Update 02/18/2013 : too-big-to-be-ruled banks (or thinking so) are still defying the EC and Euribor-EBF
  • Feb. 2013: Barclays will cease contributing to the Eurepo Index as of 18 February 2013
  • Feb. 2013: Deutsche Bank will stop contributing to the Eurepo and Eonia Swap Indexes as of 18 February 2013

Update 04/6/2013 : in March others too-big-to-be-ruled banks (or thinking so) again defied the EC and Euribor-EBF, but in April the institutions reacted: the operators of the transactions have to be located in EU or EFTA, targeting international banks. 
  • Feb. 2013: LBBW will cease contributing to the Eurepo and USD Euribor on 22 February
  • Feb. 2013: JP Morgan will cease contributing to the Eurepo Index as of 1 March
  • March 2013: Credit Suisse will stop contributing to the Eurepo Index as of 8 March
  • March 2013: Svenska Handelsbanken will cease contributing to the Euribor-Eonia panel as of 20 March
  • March 2013: UBS will stop contributing to the Euribor-Eonia panel after 28 March

"Eonia is computed as a weighted average of all overnight unsecured lending transactions in the interbank market, undertaken in the European Union and European Free Trade Association  (EFTA) countries by the Panel Banks."
The EFTA countries list is: Liechtenstein, Iceland, Norway and Switzerland.

The Euribor reform will be implemented by mid-June 2013.


Update 05/14/2013 :
  • April 2013: Citibank ceased contributing to the Eonia Swap Index panel as for 16 April
  • May 2013: LandesBank Berlin ceased contributing to Euribor- Eonia and USD Euribor panels on 1 May

Update 05/29/2013 :
  • May 2013: Bank of Ireland will stop contributing to the Eurepo after 31 May
  • May 2013: LBBW will cease contributing to Euribor after 31 May
  • May 2013: Helaba will cease contributing to Euribor after 31 May

Update 06/02/2013 : Euribor and Eonia panels to be differentiated as of 1 June 2013; whatever banks may believe,  or the current practices in other part of the world, they simply cannot win their fight against public regulation in Europe.
"Euribor-EBF takes this opportunity to invite former panel banks to re-join either the Eonia or the Euribor panel of contributing banks. As publicly stated by Commissioner Barnier, the forthcoming European Commission’s proposal on benchmarks will indeed include the power to impose mandatory submissions on banks." 
Source: Euribor-EBF and ECB 

    Update 06/20/2013 :
    • June 2013: ING ceased contributing to the Eurepo after 7 June

    Update 07/06/2013 :
    • June 2013: Allied Irish Bank (AIB) ceased contributing to the Euribor, Eonia and Eurepo fixings after 28 June
    • June 2013: Norddeutsche Landesbank Girozentrale (NordLB) ceased contributing to Euribor and USD Euribor after 28 June

    Update 07/23/2013 :
    • July 2013: Credit Agricole ceased contributing to Eurepo as of 1 July 2013 
    • July 2013: HSBC France ceased contributing to the Eonia Swap Index after 12 July 
    • July 2013: Commerzbank ceased contributing to USD Euribor after 19 July 
    • July 2013: Natixis ceased contributing to the USD Euribor as of 5 July 
    • July 2013: Danske Bank ceased contributing to Eonia as of 15 July

    Update 08/23/2013 :
    • August 2013: BNP Paribas will cease to contribute to the Eurepo and Eonia Swap indexes as of 12 August

    Update 09/20/2013 :
    • Sept. 2013: Credit Agricole and Credit Suisse have ceased contributing to the Eonia Swap Index as of 18 September 2013
    09/18/2013: "Euribor-EBF welcomes the European Commission’s Proposal for a Regulation on indices used as benchmarks in financial instruments and financial contracts. The possibility for supervisors to impose mandatory contributions is a positive measure. Until it is in place, it will hopefully lead panel banks and authorities alike to take their responsibilities and ensure that Euribor is not discontinued."

    Update 10/07/2013 :
    • 10/1/2013 : publication and of the new Euribor Code of Conduct, immediately in vigor. The highest possible sanction in case of misconduct is a permanent exclusion from the Euribor panel. 

    Update 10/23/2013 :
    • Oct. 2013 : Erste Group ceased contributing to the Euribor and Eurepo indexes after 11 October 2013.

    Update 11/20/2013 :
    • Oct. 2013 : RBS will ceased contributing to the Eonia Swap Index after 31 October 2013.

    Update 12/15/2013 :
    • Nov. 2013 : KBC has ceased contributing to the Eurepo index as of 13 December 2013.

    Final update 01/7/2014 :
    • list of Euribor panel banks and rates since 2004, by month

    2013/01/04

    Rapport du Parlement européen sur le programme de la CIA de détention secrète et de torture

    La terreur qui frappe l’Amérique le 11 Septembre 2001 met les institutions des Etats démocratiques à rude épreuve. Le lendemain de l’attentat, les Etats-Unis déclarent ouverte « la guerre contre le terrorisme » et lancent une vaste traque planétaire et clandestine des présumés terroristes. Il s’agit du programme de « restitutions extraordinaires » élaboré par la CIA. Il est agréé par les Etats-membres de l’OTAN et mis en œuvre par leurs services spéciaux entre 2001 et 2006.

    Ses victimes - combien sont-elles ? - ont été kidnappées, torturées, enfermées ; leur intégrité et leur dignité ont été profanées de façon procédurale et systématique. Certaines croupissent toujours, sans espoir de procès, à Guantánamo. A ce jour aucun responsable politique, aucun agent des services d’Etat, aucun président d’entreprise sous-traitante, ni en Europe ni aux USA, n’a été tenu de s’expliquer et de rendre des comptes.

    Partout l’impunité fait loi. En Europe, les Etats ont eu à connaître de cette entreprise criminelle. Ils y ont participé, tacitement ou de façon active, certains jusqu’à autoriser plusieurs centaines de vols clandestins de la CIA dans leur espace aérien, d’autres jusqu’à tolérer sur leur territoire des sites de détention et de torture secrets.

    Onze ans plus tard, après de nombreux rapports, enquêtes, articles et témoignages confondants, les Etats n’ont toujours pas lâché prise : pas de reconnaissance des faits, pas d’excuses ni de réparations aux victimes, pas de responsabilités identifiées. Le rapport adopté le 11 septembre 2012, que j’ai eu la responsabilité de conduire pour le Parlement européen, met les Etats européens au pied du mur de la vérité. Il conforte et légitime les travaux des journalistes, des défenseurs des droits de l’Homme, des parlementaires, des juristes, des experts, des victimes, qui jour après jour, relèvent le défi de vérité.

    Non, le Parlement européen n’accepte pas qu’au nom des citoyens et de leur sécurité, les États développent des pratiques illégales clandestines, violatrices des droits de l’Homme et se dispensent de rendre des comptes. En 2007, mon prédécesseur, Claudio Fava, avait dû affronter les outrances assumées des atlantistes virulents, pour lesquels il n’y aura jamais de plus belle preuve de loyauté envers l’Amérique que le secret gardé sur l’exécution du programme de la CIA. Pendant les travaux de la commission d’enquête, ils avaient déployé tous leurs efforts pour saper la démarche d’enquête, discréditer les témoins auditionnés, protéger les secrets d’État et dénier le besoin de vérité.

    Mais à l’heure où les télégrammes diplomatiques ont pignon sur le net, où les archives des services secrets s’étalent dans les ruines des dictatures déchues, où les victimes des tortures passent du côté du pouvoir, les négationnistes sont moins diserts. Seuls désormais, les Etats tentent de protéger leurs secrets de polichinelle. Poussés à rendre des comptes, ils rechignent, tergiversent, mentent, feignent, retardent, camouflent. Ils se tiennent par la barbichette à qui parlera le dernier !

    Lors de l’audition organisée au Parlement européen en mars 2012, aucune autorité invitée n’est venue défendre son enquête, pas un procureur, pas un ministre, pas un parlementaire. La conjuration nationaliste est-elle trop forte ? Les pressions américaines trop convaincantes ? « L’Etat profond » trop puissant ? L’enquête trop peu crédible ? L’Europe ne doit pas abandonner les Etats à leurs démons. La clause européenne de solidarité et de confiance mutuelle doit être activée, elle est le levier qui peut forcer le couvercle de la vérité.

    L’Europe serait la première victime du déni. Sa promesse de dignité et de démocratie anéantie, elle perdrait toute autorité ! Le lendemain de l’adoption du rapport, le 12 septembre 2012, répondant à la presse, le Président le la République de Roumanie dit : « La Roumanie suivra les recommandations du Parlement européen ». Une onde d’espoir parcourt la planète des « épris de justice ». La vérité viendra.

    Ce texte empreint d'une profonde volonté de renforcer le contrôle démocratique est la préface de la député européenne Hélène Flautre, publiée le 6 décembre 2012, à son livre en libre diffusion :  « Le programme secret de la CIA et le Parlement Européen :  Histoire d'un forfait, histoire d'un sursaut ».
    Je ne saurais trop vous conseiller de télécharger le rapport officiel annexé à ce livre enquête d’Hélène Flautre et de Bertrand Verfaillie ou le visionner avec d'autres vidéos sur le site d’EELV au parlement européen.
    Il s'agit d'une remarquable et si précieuse mise en application d'une parole de Arendt: « Le courage est la première de toutes les vertus politiques ». C'est aussi l'aune à laquelle on mesure la capacité d'un peuple à maîtriser son devenir. Ce rapport est un acte qui grandit tous les Européens, grâce aux vertus des « obstinés de la vérité » et de la transparence.


    2012/12/22

    Les réseaux Euro-BRICS comme réponse à la crise scientifique

     Le Laboratoire Européen d'Anticipation Politique (LEAP) vient de publier la synthèse du troisième séminaire Euro-BRICS, organisé en partenariat avec l'Université MGIMO de Moscou (site en russeMGIMO UniversityInternational programs), ainsi que les recommendations à destination des décideurs politiques notamment du G20. Ce séminaire a réuni des intervenants de plusieurs pays de la zone euro (France, Allemagne, Belgique, Portugal, Pays-Bas) ainsi que de Russie, Chine, Brésil, Inde, Afrique du Sud. Voici le contenu du document en français et celui en anglais

    Concrétisation de la vision élaborée par le LEAP et Franck Biancheri sur la construction dès à présent du monde de demain qui ne doit pas se réaliser sans les citoyens, ces séminaires sont un moment privilégié pour la société civile, au delà de l'établissement des réseaux et des programmes communs, de réunir les éléments permettant une anticipation politique représentative de notre monde multipolaire, lequel se renforce au quotidien. Si le moyen est une collaboration ouverte pour comprendre les facettes culturelles et tendances de fond qui façonnent actuellement le monde de demain, l'enjeu est aussi de proposer des outils et des clés de décision pour les représentants politiques, et pour les citoyens. C'est donc aussi un effort de vigilance concerté, aussi bien pour les uns que pour les autres. C'est nourrir la réflexion commune, contribuer à construire ensemble la route, car les seules choses écrites à l'avance ce sont celles dans lesquelles nous ne impliquons pas.

    J'ai eu l'opportunité de présenter à cette occasion une intervention lors du thème "Vers le développement de réseaux thématiques Euro-BRICS, dans le domaine scientifique et technologique", dont voici ci-dessous le texte intégral. Elle se situe dans le prolongement de ce que j'ai déjà publié au sujet de la crise scientifique : Une théorie et un homme en crise; et La démocratie scientifique comme réponse à la crise scientifique


    Les réseaux Euro-BRICS comme réponse à la crise scientifique.

    Madame la Présidente, Monsieur l’Ambassadeur, Chers collègues, Mesdames, Messieurs,

    Je souhaite cibler mon intervention en argumentant pourquoi la création ou le renforcement de réseaux  Euro-BRICS est un élément crucial pour sortir dans un élan commun de la crise, prise ici dans toutes ses dimensions.
    L’effet accélérateur de cette crise met en évidence la conjonction avec une profonde crise scientifique. J’ai ainsi souhaité m’appuyer sur un rapide constat effectué dans trois disciplines scientifiques, choisies parmi les plus porteuses pour notre avenir : la cosmologie;  l’économie ; et enfin le développement de nouvelles sources d’énergie.

    I/ Concernant la cosmologie

    Il faut tout d’abord bien comprendre l’intérêt majeur de cette discipline pour l’humanité. Pour ne prendre que la civilisation européenne, depuis Ptolémée, Galilée, puis Newton, Einstein, les révolutions dans le domaine de la cosmologie ont énormément d'influence culturelle sur tous les peuples. En particulier, c'est parce que ces révolutions vont de pair avec une refonte de la physique fondamentale, et en résumé de la conception géométrique de l’univers. Par ce biais, la compréhension de l'infiniment grand et lointain nous éclaire en retour sur l'infiniment petit et proche. De manière simplifiée, cette révolution se propage ainsi de la physique la plus mathématique à la cosmologie, à la physique des particules puis à la maîtrise conceptuelle des interactions présentes à ces échelles, c’est à dire les sciences expérimentales; puis à la technologie qui vient outiller ces manipulations conceptuellement maîtrisées.

    En 1997, l’astrophysicien Jean-Pierre Petit publiait « On a perdu la moitié de l’univers »  dans lequel il détaillait les limites, impasses et contradictions extraordinairement profondes du modèle cosmologique dit « standard », associé à la théorie dite des cordes.

    En 2006 Lee Smolin a publié « Rien ne va plus en physique ! » [2].
    Ce livre retrace trois décennies de ce qu'on pourrait qualifier de recherche forcenée menée par des milliers de chercheurs pour tenter de donner un nouveau souffle à la physique théorique. Il existait à ce jour plus de 100 000 publications dans le domaine de la théorie des cordes !
    Smolin met en évidence :
    • d’une part que cette théorie n’a encore jamais apporté le moindre résultat ou prédiction concrète ; mais aussi que cette théorie n’est pas scientifiquement réfutable. Il n’existe pas d’expérience accessible qui puisse prouver ses prédictions (ou bien en utilisant 1 million de milliard de fois l’énergie du LHC, dont les équipes au CERN ont découvert récemment le boson de Higgs).
    Pour Smolin en particulier cette démarche de réfutabilité est incontournable. Pour les partisans de la théorie des cordes, elle est simplement dépassée. Ils proclament par exemple comme justification "si ça n'est pas vrai, au moins c'est beau". Avec ces gens la science s’est perdue dans la simple esthétique.
    • D’autre part qu’un résultat fondamental publié en 1992 [3], et base de presque tous les travaux postérieurs dans cette discipline, n’était pas utilisé de manière mathématiquement correcte, et remet en cause l’intérêt de la quasi-totalité des travaux effectués depuis lors.

    Alain Connes, médaille Fields, a ainsi écrit dans la préface : 
    « Il y a là un réel problème, car la science n'avance pas sans confrontation avec la réalité. Il est parfaitement normal de laisser du temps à une théorie en gestation pour se développer sans pression extérieure. Il n'est pas contre pas normal qu'une théorie ait acquis le monopole de la physique théorique sans jamais la moindre confrontation avec la nature et les résultats expérimentaux (...). Il n'est pas sain que ce monopole prive des jeunes chercheurs de la possibilité de choisir d'autres voies, et que certains leaders de la théorie des cordes soient à ce point assurés de la domination sociologique, qu'ils puissent dire : ‘si une autre théorie réussit là où nous avons échoué, nous l'appellerons théorie des cordes’. »
    Jean-Pierre Petit, initiateur d’une cosmologie alternative et féconde [1], a souligné peu après : 
    « Même pour quelqu'un comme Woit  [4], une idée nouvelle ne pourrait émerger que "du sérail", de l'université de Columbia, ou de Princeton. Comment pourrais-je, moi, Français, retenir une seule seconde l'attention de ces gens ? »
    Philip Anderson, prix Nobel de physique, a lui écrit à propos de la théorie des cordes : 
    « Ce que je pense c'est que c'est la première fois depuis des siècles qu'une qu'on se trouve en science face à une démarche pré-Baconienne, qui n'est pas guidée par l'expérimentation. On propose un modèle de la Nature en souhaitant qu'elle s'y conforme et non en cherchant à s'approcher plus près du réel. Il est peu probable que la Nature se conforme à ce qui n'est autre qu'un souhait de notre part.

        Ce qui est triste, comme certains jeunes théoriciens me l'ont expliqué, c'est que ce secteur est si développé que c'est devenu une activité à plein temps, auto-suffisante. Ceci signifie de d'autres directions ne seront pas explorées par de jeunes chercheurs imaginatifs et que toute carrière tentant de se situer en dehors de ce domaine sera bloquée. »
    On constate combien le parallèle avec les dogmes de l’économie néolibérale est frappant.

    II / le débat en Économie

    Le professeur Jacques Généreux a dénoncé en 2001 dans les Vraies Lois de l’Économie [5] la dérive scientiste du courant néolibéral, dominant en économie [6]. Il montre surtout par une simple étude bibliographique combien tous les éléments les plus fondamentaux de la théorie néolibérale (équilibre général des marchés initié par Walras) sont contraires à la réalité (homogénéité des produits, rendements factoriels constants, concurrence pure et parfaite, absence de cout fixe de production, équivalence de tous les acteurs, mobilité instantanée des personnes, absence de prise en compte du temps, et aussi atteinte de l’équilibre entre offre et demande par tâtonnement du marché…). Ces résultats ont été publiés depuis la fin des années 70 pour la plupart. Pourtant, combien d’économistes et de décideurs travaillent encore en utilisant ces conceptions dépassées ?

    La discipline de l’économie doit rendre au final un seul service : celui de l’aide à la décision, en proposant des outils conceptuels performants pour anticiper les situations à venir. Généreux, et Granger avant lui, ont argumenté qu’il n’existe pas de lois en économie au même sens que les lois en physique. En économie, les seules lois valables sont les lois décidées par les hommes. D’où la nécessité de développer l’économie politique. Les lois du marché ne sont en réalité que des croyances.

    Nous pouvons reprendre le discours qu'a récemment écrit le professeur Jean Gadrey à propos de la crise faisant rage dans la discipline de l'économie [7] pour l’étendre au domaine scientifique (au moins dans les disciplines mentionnées ici), ce qui donne :

    « Le débat, de nature collective, devrait se dérouler d’une part au sein des associations de scientifiques, d’autre part dans tous les lieux, services publics, médias et associations où la démocratie scientifique et l’information scientifique sont considérées comme des biens communs à défendre.
    Je crois en effet que les principales questions s’expriment moins en termes de conflits d’intérêts (bien que cette question reste à débattre) qu’en termes de PLURALISME, DE CONNIVENCE et de FORMATION DES CROYANCES SCIENTIFIQUES. Elles relèvent de la sociologie, des sciences politiques, de la philosophie morale et politique, de l’éthique professionnelle, plus que du droit et de la science.»

    Un premier pas vers l’établissement de nouveaux lieux de discussions en économie est réalisé depuis mai 2011 avec la World Economics Association. [8] Signe d'une transparence accrue, il annonce à mes yeux une nécessaire et attendue démocratisation de la science.

    III / Le développement des nouvelles sources d’énergie

    Pour terminer, dans le domaine des nouvelles énergies, qui est sans doute le plus directement à même de modifier rapidement notre conception de l’avenir de l’humanité, les nouvelles idées porteuses peinent aussi énormément à émerger, victimes de groupes d’intérêts puissants. Je citerai par exemple :
    • les centrales utilisant la concentration solaire et des sels fondus caloporteurs, bien plus efficaces et écologiques que les panneaux solaires qui fleurissent, ou les centrales nucléaires ;[9]
    • la maîtrise de la magnétohydrodynamique (MHD) pour tout type de transport à vitesse hypersonique avec les technologies d’aujourd’hui; ce domaine a disparu des universités, capté pendant 30 ans par des recherches exclusivement militaires et secrètes, et commence à peine à revenir dans le domaine civil.
    • la maîtrise de la fusion par champs pulsés à haute fréquence (technologie des « Z-pinches »[10]), découverte en 2006, peut permettre une nouvelle révolution énergétique. Ce domaine de recherche est lui aussi en train de passer complètement sous le contrôle militaire mais des colloques scientifiques internationaux ont encore lieu tous les deux ans ; hélas l’Europe y est très peu représentée. Cette filière représente une alternative à ITER tout à fait intéressante, sachant que les faiblesses de conception font de ce dernier un projet sans issue (notamment à cause du phénomène des disruptions) en termes de coûts, de délai et surtout de fiabilité.[11] 
    Ici en particulier, on assiste à la captation des budgets de recherche colossaux (15 milliards d’€) qui assèche les autres disciplines. Il faut défendre la voix d’idées alternatives tout à fait crédibles, dont le développement ne requiert qu'une faible fraction du budget d’ITER.

    La démocratie scientifique comme réponse à la crise scientifique

    Mon propos est bien de mettre en rapport la crise scientifique avec son groupe social actuellement dominant : la communauté scientifique, et de constater ses faiblesses. Les problèmes les plus aigus de cette communauté scientifique sont en résumé:
    • 1- absence de vraie confrontation ouverte des idées entre les chapelles ; au mieux chacune s'ignore et verse dans le copinage, au pire (quand une de ces chapelles devient socialement dominante) on organise honteusement la calomnie, le discrédit gratuit, la censure, l’étouffement, et l’éviction. De nombreux cas sont bien connus en France, le dernier ayant conduit cette année la justice à condamner un astrophysicien spécialiste de la théorie des cordes.[12]
    • 2- absence de vrai dialogue entre le reste de la société et les scientifiques ;
    • 3- absence de contrôle démocratique des stratégies de recherche, régulièrement aux mains de technocrates ou de décideurs à la vision très étroite. La science est un bien commun et un instrument au service des citoyens, dans les nombreux défis de l’humanité qui s’accumulent.

    Au-delà de la perte profonde d'éthique scientifique d’une partie des acteurs en position dominante, c’est bien un signe que cette communauté n’est plus en état de gérer efficacement en son sein l’émergence de nouvelles idées scientifiques, de nouvelles conceptions, de nouveaux paradigmes. 
    L’organisation actuelle de ce corps social est un frein à l'émergence de nouveaux modèles féconds, hélas au moment où l'humanité en a le plus besoin. Pour dénouer cette situation, un essor des réseaux scientifiques Euro-BRICS, dégagée de l’influence monopolaire anglo-saxonne et des acteurs actuels en pouvoir de blocage, est nécessaire. Il ne s’agit pas de construire de nouvelles institutions de recherche, mais bien en priorité d’offrir des nouveaux lieux d’expression, d’échanges, de traduction et de diffusion, et des nouveaux réseaux pour faire émerger des idées nouvelles sereinement débattues.

    Dr. Bruno Paul, 27/09/2012


    Références :

    [1] a) Disponible sur Amazon en français. For english readers, most of this content is available in The Dark Side of the Universe and The twin universes. For reading this content in many others languages, please browse http://www.savoir-sans-frontieres.com ;
    b) International Conference on Astrophysics and Cosmology « Where is the matter ? », Marseille, 06/2001; see also others previous related scientific publications and the 12/2007 publication about Bigravity as an interpretation of the cosmic acceleration.
    [2] Livre en français ; book in english.
    [3] La finitude mathématique de la théorie des cordes.
    [4] Qui a pourtant lui aussi publié en 2006 un livre très critique sur la théorie des cordes.
    [5] Les vraies lois de l’Économie, J. Généreux, 2001; also available in português (tome 1, tome 2).
    [6] See also « Dismal science faces dismal future », ABC News, 11/2012.
    [7] « Liaisons dangereuses, c’est le printemps ! », Alternatives Économiques, 03/2012.
    [8] On lira en particulier l’article fondateur de la WEA : How to bring economics into the 3rd millennium by 2020”, real-world economics review, issue no. 54, 27 September 2010, pp. 89-102.
    [9] a) Des générateurs de vapeur solaire sont déjà commercialisés par AREVA ;
    e) Concentrated solar power, Wikipedia.org
    [10] Controled fusion using Z-machine : first scientific papers in english.
    [11] « ITER, Chronique d'une faillite annoncée », JP Petit, 10/2011 ; also available in english, espanol, italiano, russe.
    [12] « Bogdanoff et parquet versus Riazuelo: le jugement », Science21/Courrier International, 04/2012