2016/02/13

Entre Tigre et Euphrate, là où tout a commencé


En note de l'article "Fin de partie : les BRICS jouent et gagnent" publié le 28 septembre 2015 j'écrivais comme anticipation : 
j'ai personnellement annoncé à mon entourage le 14 septembre que d'ici 5 mois (donc d'ici le 14 février 2016) "l'Etat Islamique" ne serait plus une menace pour les pays environnants. Il ne resterait que quelques petits groupes de combattants parias dispersés.
Le moment est donc venu de tirer quelques conclusions de cette anticipation.

D'aucuns iraient vite en besogne pour déclarer non vérifiée cette anticipation politique. Il est vrai qu'elle n'est pas complètement vérifiée aujourd'hui, mais c'est oublier qu'il s'agit bien d'une anticipation valide.

C'est le paradoxe de l'anticipation politique: quand elle est valide, elle appelle certains acteurs en position défavorable à prendre conscience qu'il faut complètement changer d'approche tactique ou stratégique. 

Rappelons tout d'abord qu'il y a 5 mois -c'est à dire avant l'intervention de Poutine à l'ONU- aucune analyse publiée n'avait établi un tel pronostic sur le retournement complet de la situation face à un "Etat Islamique" (IS/ISIL/ISIS/Daesh) dont les experts et media nous abreuvaient les avancées sur le terrain, et annonçaient chaque jour la chute imminente du Président Assad. 

Depuis notre anticipation, nous avons pu constater:
  • l'annonce de l'intervention militaire de la Russie, sous l'accord du Président Assad;
  • la formation d'une coalition Syrie-Russie-Iraq-Iran et son alliance avec les Kurdes;
  • une position de la France a mi-chemin entre cette coalition et celle dirigée par les USA;
  • une campagne de frappes aériennes par cette coalition qui a totalement surpris l'OTAN par son déclenchement et surtout par sa réussite (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7). La tentative de stratégie des USA pour affaiblir la riposte de la Russie est restée totalement inopérante;
  • un gain territorial par les troupes gouvernementales déjà très conséquent, au point qu'aujourd'hui Assad est confiant de pouvoir récupérer le contrôle de tout son territoire;
  • une rupture de la chaîne logistique entre Al-Quaïda -province de Idlib-, ISIS (à l'est d'Aleppo), et la Turquie (à la frontière nord) grâce à la jonction Aleppo-Nubl-Kurdes d'Afrin, qui condamne les djihadistes d'Idlib à court terme;
  • un contrôle raffermi de la poreuse frontière jordanienne avec la prise de Daraa, et de la frontière turque avec la prise de la région montagneuse à l'arrière de Latakia;
  • la reprise de Homs, d'Aleppo (en majeure partie - la poche se referme sur Anadan et Hreytan), d'Al-Salamiyah et d'autres villes stratégiques;
  • l'avancée en tenaille des Kurdes au nord vers Manbij (ils viennent de prendre Jubb al Kalb aş Şaghīr) et vers A'zaz, après celle en Irak où ils ont regagné le Sinjar. Les Kurdes sont à 10 km de Mosul;
  • la pression continue à Deir-ez-Zur, qui menace de couper complètement la principale route logistique pour ISIS entre Raqqah et l'Irak si l'armée d'Assad franchit le fleuve;
  • et enfin l'offensive en cours vers Al-Tabqah, à seulement 50 km de Raqqah en Syrie... en attendant celle des Kurdes, des Irakiens et des USA sur Mosul en Irak. 
Raqqah sur l'Euphrate, et Mosul sur le Tigre. Là où tout a commencé. Là où tout doit finir.


Cette déroute lors de la guerre-proxy menée et financée par la Turquie et l'Arabie Saoudite (au premier chef) les a obligé à faire brutalement tomber leur masque et à durcir leur politique étrangère vis-à-vis de leurs alliés occidentaux. Mais ceux-ci ont beau jeu de réagir mollement, pensant qu'il est urgent d'attendre, et de courber le dos, à défaut de soutenir pleinement Assad. Le départ de Fabius est à ce titre de très bon augure pour un renouveau de l'engagement diplomatique de la France. 

Décontenancés, la Turquie et l'Arabie Saoudite tentent une nouvelle provocation : une invasion conjointe de la Syrie par leurs armées. Des jets saoudiens viennent d'arriver en Turquie. Les systèmes de défense russe S-400 et S-500 n'auraient aucun mal à stopper leurs attaques. Cependant on peut penser à une provocation où une formation serrée de jets saoudiens mêlés à des jets turcs seraient envoyés pour être descendus en territoire Syrien. La Turquie irait immédiatement crier à l'agression dans les couloirs de l'OTAN avec l'article 5 en fouettant les membres de l'Alliance -les USA en particulier- pour qu'ils respectent leur engagement d'intervention, en clamant que les jets étaient intervenus dans le cadre de l'alliance anti-Daesh pilotée par les USA. Cela aura beau être complètement faux, les medias occidentaux amplifieront sans réfléchir ces dires pour ajouter à la pression sur les politiques. 

Comme nous l'avons déjà écrit: l'OTAN est désormais une coquille vide, une alliance délitée et chaque tentative de ranimer la flamme ne fera qu'afficher davantage au grand jour ses failles internes.

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