2013/01/25

La crise écologique globale exige une refonte du système monétaire international

 J’ai commencé depuis quelques semaines à rédiger un essai sous licence CC qui exposait les premiers résultats de l’approche transdisciplinaire que j’ai menée. Sa raison d’être est de contribuer aux réponses à la crise écologique globale. Comme je l’ai écrit en 2010 (ainsi que Dupré et Griffon en 2008), la crise systémique actuelle n’est qu’un des symptômes de cette crise ultime. J’écris ultime à dessein : cette crise sera dépassée ou renverra l’humanité dans un tel état de délabrement que toute ambition de libération de l’homme sera définitivement évanouie, tout comme sa propre humanité. En effet, pour résumer la situation en quelques mots simples : les études les plus poussées ont montré que notre planète ne pourra tout simplement pas nourrir et abreuver la population mondiale prévue en 2050, et pour certaines régions du monde dès 2030, dans les conditions actuelles des relations internationales. Les pertes humaines d’une nouvelle guerre comme celle de 1939-1945 (65 millions de victimes) ne changeraient rien à la situation globale. C’est une limite absolue induite par les répartitions dans l'espace et le temps entre la population, les moyens techniques, les ressources disponibles (matières premières et énergétiques). On consultera en priorité à ce sujet L. Brown « Plan B » plusieurs éditions ; D. Dupre, M. Griffon « La planète, ses crises et nous » 2008 ; et les références Agrimonde et MEA citées dans mes articles sur la crise écologique globale et la politique alimentaire internationale

Les voies menant à un progrès technique décisif sont interdites : c’est la crise scientifique (cf Ref. 1). La seule voie de sortie satisfaisante pour l’humanité passe par une refondation des relations internationales. Or celles-ci sont actuellement bloquées sur son point le plus fondamental : la réforme du système monétaire international. Si cette réforme n’est pas complètement menée à bien dans les 5 ans à venir, alors les soubresauts de la crise écologique globale imposeront ensuite une adaptation de la population mondiale aux ressources disponibles, malgré les naissances. Cela veut dire au final des centaines de millions de morts non naturelles, davantage encore tant que l’énergie disponible par habitant diminuera par épuisement, et un contrôle draconien des naissances dans les pays qui pourront l’organiser. Moins de rendement agricole, moins d’eau pour les cultures, moins de possibilités d’innovation technique et davantage de migrations incontrôlées des populations. Ce déclin de civilisation face à une crise écologique a déjà été historiquement analysé de manière très fouillée (cf J. Diamond, « Collapse », 2005). Nous connaissons donc toutes les terribles conséquences, étape par étape de cette voie d’un déclin par paliers brutaux. 

Il faut rajouter à ces facteurs celui d’une catastrophe écologique. L’étude de référence Millenium Ecosystem Assessment de l’ONU qui a rassemblé 1300 experts de 95 pays s’est aussi intéressée aux effets des futures catastrophes écologiques (Breakdown in Ecosystem Services). Un des 4 scénarios investigués (Order From Strength) indique une probabilité de 70% pour la survenue d’un accident écologique soudain et catastrophique qui toucherait 1 million de personnes, 40% de probabilité pour 10 millions de victimes, et 10% de probabilité pour 100 millions de victimes (MEA “Ecosystems and Human Well-Being”, volume 2 Scenarios, p.139). Un exemple de ce type de catastrophe serait par exemple la fusion d’un cœur de réacteur de centrale nucléaire, suivie d’un accident de criticité au sein du corium fondu, et d’une dernière explosion qui diffuserait dans l’environnement notamment des dizaines de kilos de plutonium produit lors du fonctionnement normal du réacteur, parmi les substances les plus toxiques. 

Comment imaginer un instant que notre sens de l’humanité, notre nature, resterait intact au travers d’un tel déclin qui déclencherait les pires instincts, même pour les populations des rares pays épargnés? Aucune nation ne peut espérer s’enfermer dans une forteresse et oublier que le reste du monde s’entretue. Ce futur, celui de nos enfants, se détermine de nos jours. Nous savons donc que c’est notre responsabilité dès aujourd’hui. Nous avons déjà argumenté que ne pas agir revient à faire un choix, négatif. Il n’existe pas de position neutre ou en retrait sur les décisions vis-à-vis de notre devenir collectif. Il ne s’agit pas pour autant de dire que « Soit vous faites partie de la solution, soit vous faites partie des freins ». Nous aurons l’occasion d’y revenir dans une prochaine analyse sociologique, plus fine. 

La voie recommandée par de nombreux auteurs ces dernières années (J. Diamond « Collapse » 2005 ; J. Rifkin « Une nouvelle conscience pour un monde en crise » 2010 ; F. Lenoir « La guérison du monde » 2012 ; J. de Rosnay « Surfer la vie » 2012) se limite à proposer de changer soi-même avant tout. Je pense qu’il faut y voir deux moments bien distincts: celui où la volonté de changer spirituellement se manifeste par un désir d’ouverture, par une recherche de supplément de concepts non formés (le terreau dont je parlais dans l'article pour les découvreurs) ; et celui de la création d’idées fécondes, d’un nouveau paradigme, ce qui est d’une toute autre teneur. Une nouvelle conscience est un préalable, mais ce n’est pas une solution. 

Seuls de rares auteurs ont tenté d’aller plus loin dans les propositions de solution : L. Brown « Plan B » plusieurs éditions; D. Dupré, M. Griffon « La planète, ses crises et nous » 2008 ; J. Rifkin « La troisième révolution industrielle » 2011 ; et dans la mesure de scénarios contrastés limités aux ressources agricoles, l’étude Agrimonde de 2010. Examinons les.

L’étude Agrimonde a produit sur cette base deux scénarios agricoles et alimentaires normatifs, visant à nourrir la planète de manière soutenable en 2050. Le scénario de rupture AG1 est basé sur des conditions beaucoup plus proches de la réalité actuelle, notamment sur l’évolution des rendements et des surfaces agricoles. L’une des conclusions principales est qu’AG1 nécessite impérativement une coopération internationale accrue sur les échanges de produits agricoles et la régulation de ce marché. Cette hypothèse est aussi centrale dans les solutions esquissées par Brown, Dupré et Griffon. Mais elle n’est pas conforme au constat de dislocation géopolitique mondiale que l’on a anticipé à la suite des travaux précurseurs du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique, et que tout le monde constate aujourd’hui comme une des conséquences historiques de la crise systémique globale. Cette coopération internationale, tout comme le régime de garantie des droits afférents sont majoritairement portés au niveau des institutions internationales. Or " la garantie des droits interroge la nature et la légitimité des pouvoirs " (G. Massiah « Une stratégie altermondialiste », 2011). La dislocation géopolitique mondiale qui est en cours affaiblit les instances onusiennes. Elles sont le plus souvent impuissantes à garantir les droits, au bénéfice de la loi du plus fort et des justices à deux vitesses. L’inégalité de l’accès au droit s’aggrave. 

Les dernières pistes proposées par Rifkin (2011) prennent bien en compte cette continentalisation, pour reprendre un terme né en Europe qu’il utilise dans son dernier livre, par opposition à la mondialisation. Il estime aussi nécessaire de « mettre Adam Smith à la retraite », et identifie donc ce volet de la crise scientifique actuelle. Il propose également des solutions de production « latérale » d’énergie, par les citoyens.

A ma connaissance on ne connait pas encore de solution industrielle pour la pile à combustible, ou encore  le stockage prolongé et sécurisé de l'hydrogène dans les matériaux, c'est une barrière forte (bien que l'européen Mc Phy Energy s'attaque sérieusement à ce sujet). Pour le solaire photovoltaïque dispersé sur chaque maison: quel est le coût écologique de fabrication, de distribution et de recyclage des équipements individuels, et leur efficacité? Rifkin n'apporte pas à ce stade de démonstration que ce modèle latéral est la solution la plus viable pour la transition énergétique. Sa vision concernant l'effet latéral est intéressante, mais appliquée à la production et distribution d'énergie est-ce le bon paradigme ? Je ne le vois pas argumenter sur ce point qui est crucial. Pour séduisante qu’elle soit, rien ne prouve que l’énergie totale produite par ces générateurs suffise pour la planète en 2050. Créer de toutes pièces une nouvelle filière énergétique suffisamment efficace, maîtrisée et durable requiert sans nul doute une nouvelle percée en physique fondamentale ; c’est ici que nous sommes confrontés au blocage par cet autre volet de la crise scientifique.

D'autres modèles de production un peu plus centralisés (municipaux par exemple) mais sans nucléaire sont tout à fait possibles à plus ou moins long terme suivant leur maturité, et certaines réalisables immédiatement: les générateurs de vapeur solaires utilisant la technologie de solaire thermique à concentration par exemple, qui bénéficient d'effet d'échelle qui rendent la solution économiquement très intéressante, ou bien les générateurs/récupérateurs d’énergie à zéolithes (système de combustion CREDO par exemple).

Il nous paraît opportun de citer les dispositifs électrochimiques utilisant  les réactions nucléaires à faible énergie (LENR - par exemple le réacteur de Piantelli) dont l'enseignement est présent depuis 2012 à l'université MIT (videos) et fait l'objet de réguliers congrès scientifiques internationaux (vidéos du dernier congrès en Corée sous l'égide de l'initiative Energy, Environment, Water, and Sustainability, vidéos du colloque au CERN en mars 2012), ou le CIHT de l'américain BlackLightPower. Ces derniers bien que séduisants sont des solutions très lentes à maturer :
  • dans la communauté académique - qui a créé son propre lieu de débat (ou bien ici), 
  • dans les médias dominants, y compris les journaux de vulgarisation - pour lesquels la "fusion froide" reste sauf exception un tabou, 
  • et à développer à l'échelle industrielle : l'article précurseur de Fleischman et Pons date par exemple de 1989, et Fleischman est décédé en août 2012.

Enfin, Rifkin se limite à envisager des solutions d'auto-suffisance énergétique par continent. Mettre en place un nouveau système économique autarcique continentalisé ne prend son sens que quand on résout comment le système fonctionne à ses interfaces entre les zones économiques et monétaires: bref, supporter la continentalisation va de pair avec une refonte du système monétaire international puisque c’est lui la clé de voûte des échanges. Cette pièce manque. 

Que l’on ne s’y trompe pas : les propositions de Rifkin peuvent fort bien servir de locomotive à des décideurs qui veulent aller de l’avant, et produire un effet d’entraînement. Leur valeur est déjà immense rien qu’en cela. Mon propos est d’en montrer certaines limites et comment envisager de les dépasser. 

Si la « croissance verte » est un simulacre d’idée pour la résolution de la crise écologique globale, la proposition de retour à la spiritualité est un constat d’absence d’idées : c’est un ensemble de concepts non formés, un préalable. C’est à ce vide que je me suis attaqué. Cependant, je me suis lancé dans ce projet d’essai tout en sondant la réceptivité de ma sphère sociale sur ces orientations. En réponse, je dois rester lucide et tenir compte du constat que le moment n’est pas encore arrivé pour l’accueil de ces idées de nouvelle conception des relations internationales, orientées en priorité autour d’un objectif commun : les solutions pour résoudre les tensions actuelles associées à celles pour pouvoir s’engager ensuite dans la résolution de la crise écologique globale. Cette double projection, le long terme donnant davantage de sens au moyen terme et donc aux priorités stratégiques des agendas, ne rencontre pas l’écho suffisant. Le terrain n’est hélas pas encore prêt. 

Pour être plus en accord avec la capacité de réception, je segmente donc mon projet de publication d’un essai en concentrant mon anticipation politique sur la première étape chronologique de ma feuille de route : la refonte du système monétaire international, dans la continuité d’une partie de mes articles (cf Refs 2, 3, 4, 56). C’est le nœud gordien vers où sont actuellement dirigées toutes les attentions des décideurs, témoin en est la crise émergente au Japon. C’est le cadre de mon prochain article à paraître en mars, avec en perspective les inévitables conséquences sur les USA, un prolongement qui n’apparaît pas encore à l’esprit des analystes (cf Ref 7).

MAJ le 28/01 :
Ajout dans l'article de compléments sur les nouveaux dispositifs de production d'énergie les plus porteurs du mouvement "free energy", dont les multiples lieux de débat se développent justement en réaction à la crise scientifique dans le milieu académique. Dans les multiples initiatives proposées par ce mouvement il faut trier soi-même les bons concepts des approches plus farfelues, mais cela fait partie du débat et de l'appropriation collective.

MAJ le 31/01 :

MAJ le 03/06 :
J'ai contribué les 23 et 24 mai au 4ème séminaire Euro-BRICS organisé par le L.E.A.P./E2020 et l'Université MGIMO de Moscou, qui a réunit des participants de haut niveau des pays ou organisations suivants: Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, zone euro (France, Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Belgique), Commission Européenne.
Mon intervention s'intitulait "Vers un système monétaire international résilient aux crises systémiques", et se situe dans la parfaite continuité de ce que j'expose dans cet article. Je publierai bientôt le texte de cette intervention.
A signaler également:
"He called on both sides to deepen cooperation in areas such as financial supervision and regulation, macro policies and improvement of capital market system, and beef up coordination and cooperation within international financial institutions including the International Monetary Fund and the World Bank, in a bid to jointly promote the establishment of a new international financial order featuring fairness, justice, inclusiveness and orderliness."

Pour les découvreurs

 Il est impossible à la conscience humaine de réaliser brusquement un grand bond par un acte de volonté autonome. Comme je l’écrivais en 2008, « Une prise de conscience, c'est comme un changement d'orbite : ça requiert du temps, une impulsion initiale, de l'énergie entretenue, et l'état d'arrivée est sensiblement différent de l'initial. » Ce qui nécessite du temps pour un individu en nécessite d’autant plus pour une collectivité, c’est-à-dire pour la conscience sociale. Ce n’est pas un accroissement linéaire, puisque ce qui est important c’est d’atteindre une masse critique, et non pas une majorité, avant de faire basculer la partie restante. 

Cette masse critique ne peut être atteinte que par une diffusion jusqu’aux récipiendaires, qui doivent être en état d’écoute. Cette diffusion est saturée depuis l’avènement des medias de masse. Internet ne change rien à la donne en ce qui concerne cette première étape, celle de l’atteinte d’une masse critique. Ainsi ce blog se veut aussi une expérience sociologique à notre époque moderne, au service d’une question simple : comment les idées nouvelles se propagent-elles ? Depuis 2008, nous avons ainsi utilisé, en tant qu’auteur de contenus originaux ciblant en priorité les premiers cercles de diffusion de nouvelles idées, les moyens de diffusion suivants : blogs sous licence CC, syndication, wikipedia, réseaux sociaux (au moins 5), mais aussi publications par un think-tank, réunions publiques, conférences, conseil en entreprise, contact au CESE, le tout dans plusieurs langues et dans des domaines volontairement croisés dans une approche transdisciplinaire : économie, science politique, sciences fondamentales, finance, écologie, sociologie, technologie de l’information, relations internationales et géopolitique. Nous avons pris soin d’articuler toutes nos recherches dans un cadre conceptuel philosophique robuste (1), même si il ne forme pas nécessairement système et si les références directes de ces repères dans nos textes sont volontairement peu fréquentes. Sans développer une histoire des idées ou une épistémologie, nous avons enfin étudié les publications d’idées émises par quelques autres auteurs en Occident, vivants ou disparus, et les échos qui en résultaient. 

En synthèse, les principaux éléments que nous avons observés ou déduits, et d’autres auteurs bien avant nous, sont les suivants. Je les livre sans fard pour les découvreurs. 

Sur les idées : 

· L’approche des concepts s’élabore avec le groupe social. Les concepts non complètement formés constituent un terreau. Le terreau n’est pas la graine. Il est constitué d’éléments verbaux dérivant des idées existantes et de comportements. C’est une somme d’expériences, du sensible jusqu’à l’apprentissage de concepts virtuels. Le jeu est un exemple d’organisation sociale pour accumuler efficacement cette expérience. 

· Les idées se créent, se conçoivent ensuite sans le groupe. C’est un acte individuel de volonté, à l’avancée vacillante. Une idée est un concept formé. Une graine autour d'un germe. 

· Le terreau le plus fertile au monde n’engendre pas de graine, sans une volonté spécifique. Ainsi en va-t-il de la meilleure éducation qui soit possible. C’est cela qui rend irréelle toute justification d’une inégalité héréditaire ou héritée. Une position hiérarchique donnée n'est absolument pas équivalente à une valeur individuelle intrinsèque, bien que l'existence même de cette hiérarchie puisse souvent laisser penser le contraire à chacun de ses membres. Une hiérarchie est uniquement une construction sociale, jamais une mesure absolue de la valeur personnelle. Mais elle est très rarement comprise comme telle. La sociobiologie offre un bon exemple de ce débat. On lire avec intérêt L'empire des gènes: histoire de la sociobiologie.

· Une idée nouvellement née pour se diffuser dans la conscience sociale doit être totalement délivrée de son créateur. Tout lien d’appartenance au créateur est un frein pour l’envol d’une idée ; c’est d’ailleurs le plus souvent l’indice d’un simulacre. Une idée vibrante est une idée autonome. 

· Une mauvaise idée ne remplace pas et n’efface pas une bonne idée. Il n’y a pas de mauvaises idées, ce ne sont que des simulacres d’idées. 

Sur les sociétés : 

· Bien que de la description sociologique la plus exacte soit celle du "champ social", celle-ci peut se révéler moins efficace quand il s'agit d'expliquer la propagation des idées et concepts. Dans ce contexte, nous préférons dire que les sociétés humaines sont structurées hiérarchiquement, mais plusieurs hiérarchies cohabitent et se superposent, formant à ces endroits des réseaux maillés. La complexité d’une société croît avec le nombre de ces structures, mais une société n’est pas équivalente à un réseau dont les nœuds seraient idempotents. 

· Les hiérarchies relèvent d’un lien social de subordination conscient ou non, qui peut se décliner selon une échelle de prestige. L’organisation politique des sociétés, y compris l’expression par la voie démocratique, n’efface en rien ces hiérarchies, mais elle peut favoriser ou restreindre l’émergence des idées. 

· Le prestige se gagne sous des formes combinées très diverses. Il constitue l’état visible le plus enraciné d’une société. Nous pouvons citer le prestige de naissance (lignée, caste), de grade, de diplôme ou de position (fonction privée, publique ou militaire), de simple représentation (célébrité, spectacle mais aussi à un moindre niveau tout attribut ostentatoire), de mérite (reconnaissance du courage, d’un exploit ou d’une création). 

· Le prestige se perd peu avec le temps, et ne disparaît pas avec la mort, car le prestige est une empreinte dans la conscience sociale. 

· Une hiérarchie est un organe social de sélection et d’amplification des idées. Sans un contrôle continu par le reste de la société, elle acquiert une volonté propre et cherche inévitablement en priorité à perdurer et relègue au second plan sa raison d’être originelle. Sa fonction est alors détournée par cette nouvelle volonté. Elle devient institution et outil d’entretien du statu quo. 

· Les sommets des hiérarchies sont incapables de créer des idées, ou deviennent sinon des leaders qui marquent l’histoire. Elles ne peuvent habituellement que piloter ou favoriser les idées qui émergent. Leur seul pouvoir est de ralentir (ou d’accélérer) la diffusion d’une idée, mais celle-ci une fois créée survit plus longtemps que toute volonté hiérarchique. Anéantir son créateur n’est qu’un retard de plus, pas un réel contrôle. 

· Toutes les hiérarchies n’ont pas pignon sur rue, leur degré de transparence peut aller jusqu’à l’opacité la plus totale sans pour autant modifier leur pouvoir de pilotage des idées. C’est une lutte permanente entre volonté individuelle du secret et volonté collective de transparence. 

Sur la diffusion des idées : 

· Il est impossible à une société d’empêcher la création d’idées contraires aux buts de ses hiérarchies dominantes du moment. Même le génocide ne le peut pas. 

· Si une hiérarchie utilise la violence comme instrument de contrôle, elle rend immédiatement plus perméable les autres hiérarchies de la société. Celles-ci seront plus facilement imprégnées par de nouvelles idées, qui se diffuseront plus vite, ainsi qu’aux concepts non formés. C’est l’effet d’accélération que l’on connait aux crises. 

· La diffusion à une large échelle de concepts non formés a un corollaire : une société ne résiste pas à une idée dont le moment est venu, c’est-à-dire une fois que le terreau a été répandu. 

· Une diffusion horizontale à large échelle n’est pas du tout équivalente à une diffusion hiérarchique. Les idées se diffusent à large échelle (c’est-à-dire imprègnent de nouveaux individus) par la voie hiérarchique descendante exclusivement. Par contre, les concepts non formés se diffusent horizontalement à large échelle par les sensations et l’exemple. 

· Seules les idées, et non les armes, ont le pouvoir de faire évoluer les orientations des hiérarchies, et par là-même des masses ; le monde ne change que par elles. Changer le monde n’implique pas nécessairement de changer de hiérarchie. On détourne plus facilement un fleuve qu’on ne creuse une nouvelle vallée. 

· Il est d’autant plus facile pour une idée issue du bas d’une hiérarchie d’imprégner le sommet d’une autre hiérarchie que celle-ci est distante (en terme de km, de langue, de métier, de temps…).



Un exemple de concept non complètement formé, malgré son soucis apparent de formalisme :


A concept map showing the key features of concept maps


2013/01/19

Foreign central banks decreased their US Treasury holding last november


The department of Treasury has released the last monthly TIC data for November 2012. 
As always, we are interested in Foreign Official Institutions (central banks, BIS, etc)

The data for October 2012 have already shown a net decrease for Foreign Official Institutions holding relative to Agency bonds (US$ -13,5 bn). 

We have started to discuss the big drop in TIC flows in our article on geoeconomy of US Treasury.
November data have confirmed this net decrease for Agency bonds (US$ -8,5 bn), and also a net decrease in US Treasury bonds (US$ -2,7 bn) :


This drop is not unique, but rare since 9/11 :


Who were the remaining friends of Treasury last november ? See below :

Source: nowandfutures.com

2013/01/17

Stop the European bankers who are very reluctant to follow the new fixings regulation


Let's summarize the facts :
"Euribor-EBF believes that the Euribor benchmark should be run by an independent, non-profit driven structure, with the introduction of public supervision. [...] Euribor-EBF supports the introduction of European public supervision on benchmarks. Supervision should also apply before and after the fixing delivery."
"The European Commission [...] wish[es] to have the Euribor panel as large as possible in order to enhance the credibility of the benchmark. Therefore, they are considering making mandatory for banks with a significant turnover in the money markets to be part of the panel."
"Euribor-EBF agrees with the agencies that more specific controls have to be in place and that banks have to implement strictly the Code of Conduct they subscribe to when contributing to Euribor."
"[...] we are closely following the developments taking place as regards the shrinking number of panel members for establishing EURIBOR and EONIA rates. Given the authorities’ commitment to addressing the shortcomings revealed in the rate-setting process, it is in the interest of markets that banks remain in the panel while the regulatory framework is being amended and behave as responsible market participants, thus preventing potential disruption in the functioning of an important financial market segment."

One bank withdrew from the Euribor panel and four from the Eurepo panel between July and end November 2012. But the list of reluctant bankers is still growing :
  • Dec. 2012: HSBC ceases contributing to the Eurepo Index after 7 December 2012 
  • Dec. 2012: Rabobank stops contributing to the Eurepo & Eonia Swap Index on 11 December 2012 
  • Dec. 2012: DZ Bank stops contributing to the USD Euribor and Eonia Swap Index on 1 January 2013 
  • Jan. 2013: BayernLB has stopped contributing to the Euribor-Eonia, USD Euribor and Eurepo Indexes on 1 January 
  • Jan. 2013: Helaba Landesbank Hessen-Thüringen ceased contributing to the USD Euribor Index on 2 January 2013 
  • Jan. 2013: Banque et Caisse d'Epargne de l'Etat (Luxembourg) will stop contributing to Eurepo after 4 January 2013 
  • Jan. 2013: Raiffeisen Bank International (RBI) will stop contributing to Euribor, Eonia, USD Euribor and Eurepo on 15 January 
  • Jan. 2013: Société Générale will stop contributing to the Eonia Swap Index after 15 January
  • Jan. 2013: Citigroup will cease contributing to the Eurepo Index as of 1 February 2013
These banks are clearly defying the regulators and the European Commission, hence harming the EU financial stability and our common interest. This is irresponsible. As citizens, we can boycott these banks. But we can also collectively ask to the european banking regulators to withdraw their banking licences, if the European Commission do not make them mandatory quickly to be part of the panel. If players do not want to play the new rules, they are not the players any more.

Euribor-EBF current Panel Banks
  • Euribor® Panel Banks : here
  • Eonia® Panel Banks : here
  • Eurepo® Panel Banks : here
  • Eoniaswap® Panel Banks : here

Update 02/08/2013 : citizens have been listened by EC 
"The Governing Council of the European Central Bank welcomes the European Commission’s intention to introduce further legislation regulating systemically important reference rates. [...]
The Eurosystem notes the recent decisions of some banks to withdraw from the Euribor panel. [...]
For such rates to remain representative, it is essential that there is an appropriate level of bank participation in the respective panels. The Eurosystem therefore welcomes the Commission’s intention to also include in its legislative proposal the power to compel mandatory submissions for systemically important reference rates, in order to prevent disruptions to their production process."
Source: ECB press release

"The Commission is considering a legal obligation for banks to participate in Euribor. Euribor-EBF considers this as a sensible precautionary measure against which there can be no objection."
Source: Euribor-EBF


Update 02/18/2013 : too-big-to-be-ruled banks (or thinking so) are still defying the EC and Euribor-EBF
  • Feb. 2013: Barclays will cease contributing to the Eurepo Index as of 18 February 2013
  • Feb. 2013: Deutsche Bank will stop contributing to the Eurepo and Eonia Swap Indexes as of 18 February 2013

Update 04/6/2013 : in March others too-big-to-be-ruled banks (or thinking so) again defied the EC and Euribor-EBF, but in April the institutions reacted: the operators of the transactions have to be located in EU or EFTA, targeting international banks. 
  • Feb. 2013: LBBW will cease contributing to the Eurepo and USD Euribor on 22 February
  • Feb. 2013: JP Morgan will cease contributing to the Eurepo Index as of 1 March
  • March 2013: Credit Suisse will stop contributing to the Eurepo Index as of 8 March
  • March 2013: Svenska Handelsbanken will cease contributing to the Euribor-Eonia panel as of 20 March
  • March 2013: UBS will stop contributing to the Euribor-Eonia panel after 28 March

"Eonia is computed as a weighted average of all overnight unsecured lending transactions in the interbank market, undertaken in the European Union and European Free Trade Association  (EFTA) countries by the Panel Banks."
The EFTA countries list is: Liechtenstein, Iceland, Norway and Switzerland.

The Euribor reform will be implemented by mid-June 2013.


Update 05/14/2013 :
  • April 2013: Citibank ceased contributing to the Eonia Swap Index panel as for 16 April
  • May 2013: LandesBank Berlin ceased contributing to Euribor- Eonia and USD Euribor panels on 1 May

Update 05/29/2013 :
  • May 2013: Bank of Ireland will stop contributing to the Eurepo after 31 May
  • May 2013: LBBW will cease contributing to Euribor after 31 May
  • May 2013: Helaba will cease contributing to Euribor after 31 May

Update 06/02/2013 : Euribor and Eonia panels to be differentiated as of 1 June 2013; whatever banks may believe,  or the current practices in other part of the world, they simply cannot win their fight against public regulation in Europe.
"Euribor-EBF takes this opportunity to invite former panel banks to re-join either the Eonia or the Euribor panel of contributing banks. As publicly stated by Commissioner Barnier, the forthcoming European Commission’s proposal on benchmarks will indeed include the power to impose mandatory submissions on banks." 
Source: Euribor-EBF and ECB 

    Update 06/20/2013 :
    • June 2013: ING ceased contributing to the Eurepo after 7 June

    Update 07/06/2013 :
    • June 2013: Allied Irish Bank (AIB) ceased contributing to the Euribor, Eonia and Eurepo fixings after 28 June
    • June 2013: Norddeutsche Landesbank Girozentrale (NordLB) ceased contributing to Euribor and USD Euribor after 28 June

    Update 07/23/2013 :
    • July 2013: Credit Agricole ceased contributing to Eurepo as of 1 July 2013 
    • July 2013: HSBC France ceased contributing to the Eonia Swap Index after 12 July 
    • July 2013: Commerzbank ceased contributing to USD Euribor after 19 July 
    • July 2013: Natixis ceased contributing to the USD Euribor as of 5 July 
    • July 2013: Danske Bank ceased contributing to Eonia as of 15 July

    Update 08/23/2013 :
    • August 2013: BNP Paribas will cease to contribute to the Eurepo and Eonia Swap indexes as of 12 August

    Update 09/20/2013 :
    • Sept. 2013: Credit Agricole and Credit Suisse have ceased contributing to the Eonia Swap Index as of 18 September 2013
    09/18/2013: "Euribor-EBF welcomes the European Commission’s Proposal for a Regulation on indices used as benchmarks in financial instruments and financial contracts. The possibility for supervisors to impose mandatory contributions is a positive measure. Until it is in place, it will hopefully lead panel banks and authorities alike to take their responsibilities and ensure that Euribor is not discontinued."

    Update 10/07/2013 :
    • 10/1/2013 : publication and of the new Euribor Code of Conduct, immediately in vigor. The highest possible sanction in case of misconduct is a permanent exclusion from the Euribor panel. 

    Update 10/23/2013 :
    • Oct. 2013 : Erste Group ceased contributing to the Euribor and Eurepo indexes after 11 October 2013.

    Update 11/20/2013 :
    • Oct. 2013 : RBS will ceased contributing to the Eonia Swap Index after 31 October 2013.

    Update 12/15/2013 :
    • Nov. 2013 : KBC has ceased contributing to the Eurepo index as of 13 December 2013.

    Final update 01/7/2014 :
    • list of Euribor panel banks and rates since 2004, by month

    Gold, the renminbi and the multiple-currency reserve system

     The Official Monetary and Financial Institutions Forum and the World Gold Council have just released a new report called "Gold, the renminbi and the multiple-currency reserve system".

    The foreword is by itself a very good synthesis of the current situation :
    " The world is preparing for possible twin shocks from the parlous position of the two main reserve currencies, the dollar and the euro. As China weighs up its options for joining in the reserve asset game, gold – the official asset that plays no formal part in the monetary system, yet has never really gone away – is poised, once again, to play a pivotal role. [...] No other reserve asset seems safe from the coming dollar shock. "
    If this new international monetary system preparation and the dollar replacement as the major reserve and international currency still looks incredible for you, here are others synthetic views of the current situation :

    ECRI U.S. Weekly Leading Index ;
    data serie from 1967 to 1/4/2013; click to zoom

    Share of AAA-rates assets as part of the total fixed income markets

    ...this is the rush towards new safe assets (for instance below Australian AAA sovereign bonds) :


    ...and out from the U.S. Treasury and Agency securities :



    ...and add to this the reports about gold massively bought and recycled out from LBMA system or newly claimed by Asian countries.

    Now back to the OMFIF report : Chapter 4 summarizes different prospective scenarii for the 2013-2018 timeframe. As usual with prospective-only scenario, they simply ignore the politics, and let the readers do their own choice. More, they do not argument at all why they have chosen these scenario and not others ones, and do not even mention Japan.

    I have then to give my own view, based on previous political anticipation about the strenghtening of the eurozone, more political integration into Euroland+ (i.e. EU less UK plus Scotland), more weakness of the Fed blunt monetary policy, increasing defiance towards Fed monetary policy from others interests, and a new monetary policy from Japan following the recent election (cf Yahoo News). 

    Currency zone
    Macroeconomic developments
    Currency effect
    Impact on gold
    U.S.
    US economy in recession due to fiscal tightening and ineffective policies. Public finances remain weak, as does domestic demand.
    Dollar drops as fast as the new reverse system is taking momentum.
    Gold market manipulation and Euro strength are initially gold negative, but US weakness then cannot avoid to boost gold.
    Eurozone / Euroland+
    Euro area works through its problems and survives intact, thanks to the new integrated policies and macroeconomics tools.
    Euro strengthens as Europe appears to have overcome the crisis.
    Euro strength is gold negative, but US weakness then cannot avoid to boost gold.
    China and South Asia
    China tries to stimulate domestic demand.
    Renminbi decouples from dollar as further de-pegging is seen as attractive.
    Chinese buying continues. Emerging market central banks continue opportunistically to build up gold stocks.
    Japan
    Japan tries to stimulate domestic economy using a new monetary policy.
    BoJ decouples from Fed policy as further pegging of Yen with Renminbi is seen as attractive.
    BoJ have to buy some gold stocks to back their own currency, and/or sell their U.S. Treasury for others bonds.

    I will discuss UK geoeconomics in a future article, if this priority increases.