2017/05/23

La clef de l'Histoire moderne

« Depuis la fin de la dernière guerre mondiale, une forme nouvelle de guerre est née. Appelée parfois guerre subversive ou guerre révolutionnaire, elle diffère essentiellement des guerres du passé en ce sens que la victoire n'est pas attendue uniquement du choc de deux armées sur un champ de bataille. Ce choc, qui visait autrefois à anéantir une armée ennemie en une ou plusieurs batailles, ne se produit plus. La guerre est maintenant un ensemble d'actions de toutes natures (politiques, sociales, économiques, psychologiques, armées, etc.) qui vise le renversement du pouvoir établi dans un pays et son remplacement par un autre régime. Pour y parvenir, l'assaillant s'efforce d'exploiter les tensions internes du pays attaqué, les oppositions politiques, idéologiques, sociales, religieuses, économiques, susceptibles d'avoir une influence profonde sur les populations à conquérir. »
(Roger Trinquier, La guerre moderne, Ed. La table ronde, 1961, Pp.15)

« Aujourd'hui, on ne conquiert plus le terrain pour avoir les hommes, on conquiert les âmes, on conquiert le psychisme. Une fois qu'on a le psychisme, on a l'homme. Quand on a l'homme, le terrain suit. La plus grande astuce du diable, c'est de faire croire qu'il n'existe pas. Le moment est venu d'utiliser le mot "subversion". Arme redoutable car elle essaie de ne pas se montrer. [...] Cette méthode redoutable s'inscrit dans l'infiltration d'une partie des médias, d'une partie de ceux qui enseignent aux âmes, aux cœurs et aux cervelles, je veux dire le clergé, l'école, l'Université. Jadis, pour tenir le pouvoir il fallait contrôler l'Eglise, donc les âmes ; au XIXe siècle, c'est l'instruction, donc les cerveaux. Aujourd'hui c'est l'audiovisuel qui prime, et l'Université. En Occident, on n'apprend plus, comme on le fait dans les pays de l'Est, l'amour de la patrie, du travail, mais le laxisme, l'indiscipline, le non-respect des vertus anciennes, la recherche des paradis artificiels. En un mot ce que j'appelle "l'ordre inverse". »
(Alexandre de Marenches, Dans le secret des princes, Ed. Stock, 1986, Pp. 376-377)

2017/05/08

Présidentielle 2017: une victoire à la Pyrrhus

Il est temps de tirer un bilan de cette élection présidentielle à l'américaine, qui termine un cycle commencé en 1969 avec l'élection de Pompidou, lequel a propulsé Giscard d'Estaing, qui ont négocié ensemble l'accord des Açores en 1971 lequel allait ouvrir la porte à la mise en place du nouveau système monétaire international, préparant la loi de 1973 qui assurerait la prééminence des banques privées sur l'Etat français.

En synthèse :
  • Comme nous l'avons écrit à maintes reprises, la crise est le moment historique du dévoilement. D'autres masques sont tombés. La fausse alternance entre une "2ème gauche" sous influence et la droite néolibérale a disparu en quelques semaines de campagne, fracassée après une longue dérive. Le système oligarchique dirigeant la France a été obligé de sacrifier l'illusion démocratique qu'il entretenait pour contrôler la politique française. C'est ce qui explique que de très nombreux responsables politiques PS, UDI et LR se rallient à Macron.
  • Au vu du contenu des programmes au premier tour, le champ politique en France n'est plus dessiné par un arc entre extrême gauche et extrême droite, dont la mention est désormais obsolète. Seul un nouvel arc entre les extrêmes souverainistes et les extrêmes mondialistes financiers représente correctement ce champ. C'est ce qui explique que le programme de la "France Insoumise" soit plus proche de celui des autres souverainistes Front National et Debout La France.
  • Macron, c'est tout changer [en apparence] pour ne rien changer [dans les objectifs politiques] : Macron est "anti-système" autant que les anciens cadres du parti communiste de l'URSS qui se sont représentés sous une autre étiquette dès la chute de leur parti.
Quelques similitudes : Macron a occupé un poste à responsabilité pendant 4 ans dans le gouvernement Hollande (cf cadre du PC de l'URSS). L'adhésion formelle de Macron au PS est optionnelle, puisqu'un gouvernement ne confie des rôles à responsabilité politique qu'à des personnes qui sont contrôlables et/ou en accord total sur le fond des politiques mises en oeuvre. Au moment où les sondages de Hollande sont au plus bas (cf érosion du PC après la chute du mur de Berlin), il démissionne opportunément du gouvernement. Lors de l'élection suivante, il prend une autre étiquette pour se différencier, sans endosser la responsabilité de la politique précédente qu'il a menée pendant 4 ans. Le parti PS jusqu'à présent au pouvoir est largement battu aux nouvelles élections (cf le PC après la chute de l'URSS).
Macron est, comme ces "nouveaux démocrates" de l'ex URSS, soutenu par les puissances financières occidentales. Pour les contrées de l'ex URSS on constate que ce type de pion politique une fois élu a vendu les joyaux de leur pays à ces souteneurs "parce que c'est la loi du marché". Macron a déjà commencé en étant ministre. 
  • Seule l'émergence du mouvement la "France Insoumise" depuis 2012 a permis de limiter avec succès la montée des souverainistes conservateurs. Ce mouvement devra désormais composer en interne avec la part significative des "insoumis" qui se sont soumis au vote en faveur du baron Macron. 
  • le mouvement "En Marche" a beau fêter une victoire électorale au pied de la pyramide du Louvre, il ne souffrira aucun répit. Pas de moment de sidération, disparition des 100 jours de grâce, la campagne législative a déjà été lancée au moment du débat de l'entre-deux tours. C'est ce que personne n'a compris : ce n'était pas un débat pour gagner quelques pour-cents qui ne changeaient rien à l'issue, mais un positionnement stratégique dans l'après-élection, un interrogatoire public où Macron a affirmé devant tous les électeurs qu'il ne possédait pas de compte offshore et était imperméable aux collusions d'intérêts. L'indispensable instruction révélera s'il s'agissait d'un "moment Cahuzac". Macron devra répondre, et l'ensemble du système médiatique et judiciaire au premier chef, aux questions légitimes sur l'affaire de ce compte offshore et des MacronLeaks (1). Le peuple saura gentiment rappeler à chaque occasion combien la célérité de l'ouverture d'une enquête par le Parquet National Financier a été effectuée en quelques heures à peine après la diffusion des tous premiers éléments sur François Fillon. Ces deux affaires, et celles qui seront découvertes ensuite (à tout hasard: quelle est la part des financements du premier cercle et des grands donateurs vs celle du crowdfunding dans les recettes du business plan d'En Marche tenu par Cédric O. ?) seront un douloureux aiguillon persistant dans le flanc du nouveau président. Le futur nous dira si une éventuelle procédure de destitution devra être engagée par le prochain Parlement.
  • Les souverainistes conservateurs ont franchi un important seuil psychologique avec 34% des voix au second tour. L'alliance Debout La France avec le Front National a créé les conditions d'un regroupement politique des forces souverainistes. C'est cette poussée qui sera amplifiée par la refondation du Front National que Marine Le Pen a annoncée dimanche soir immédiatement après 20 h. 
  • La liberté de penser a été la première victime dans cette élection. Après deux décennies de pensée unique, une ligne rouge de triste mémoire a été dépassée en pleine période de réserve électorale :

Voulez-vous vraiment que l'image ci-dessous ne soit plus une caricature de la France mais la réalité ? :


Tout ceci laisse présager des législatives dans la continuité de la tempête qui a été déclenchée. La base électorale d'En Marche au second tour est certainement la plus fragile, la moins fidèle, des 3 grands mouvements politiques présents désormais en France, et le seul qui ne soit pas souverainiste, c'est-à-dire qu'il est à contresens du mouvement historique de fond. 


2017/05/01

Georges Orwell nous explique Macron


Marie-Hélène Miauton, journaliste suisse au Temps, écrit
"Macron présente un physique lisse au point d’être insipide, parfait mais sans charme ni expressivité. Son regard, même lorsqu’il s’enflamme, est d’une étrange vacuité, au point que le spectateur ressent un malaise indéfinissable. Il y a aussi chez lui cet art bien commercial de ne fâcher personne afin d’élargir son bassin de chalandise. Du coup, comme l’ont remarqué les commentateurs, il est d’accord avec tout le monde au risque de se contredire sans états d’âme."

Il s'agit du malaise qu'on ressent devant le vide de la doublepensée.

Georges Orwell l’a défini ainsi dans son œuvre célèbre ‘1984’ : 
Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie. Oublier tout ce qu’il est nécessaire d’oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l’oublier plus rapidement encore. Surtout, appliquer le même processus au processus lui-même. Là était l’ultime subtilité. Persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer. La compréhension même du mot « doublepensée » impliquait l’emploi de la doublepensée. (chapitre III)
La doublepensée est le pouvoir de garder à l’esprit simultanément deux croyances contradictoires, et de les accepter toutes deux. Un intellectuel du Parti sait dans quel sens ses souvenirs doivent être modifiés. Il sait, par conséquent, qu’il joue avec la réalité, mais, par l’exercice de la doublepensée, il se persuade que la réalité n’est pas violée. Le processus doit être conscient, autrement il ne pourrait être réalisé avec une précision suffisante, mais il doit aussi être inconscient.
Sinon, il apporterait avec lui une impression de falsification et, partant, de culpabilité. 
La doublepensée se place au cœur même du socialisme Anglo-saxon, puisque l’acte essentiel du Parti est d’employer la duperie consciente, tout en retenant la fermeté d’intention qui va de pair avec l’honnêteté véritable. Dire des mensonges délibérés tout en y croyant sincèrement, oublier tous les faits devenus gênants puis, lorsque c’est nécessaire, les tirer de l’oubli pour seulement le laps de temps utile, nier l’existence d’une réalité objective alors qu’on tient compte de la réalité qu’on nie, tout cela est d’une indispensable nécessité. 
Pour se servir même du mot doublepensée, il est nécessaire d’user de la dualité de la pensée, car employer le mot, c’est admettre que l’on modifie la réalité. Par un nouvel acte de doublepensée, on efface cette connaissance, et ainsi de suite indéfiniment, avec le mensonge toujours en avance d’un bond sur la vérité. 
Enfin, c’est par le moyen de la doublepensée que le Parti a pu […] arrêter le cours de l’Histoire.
Toutes les oligarchies du passé ont perdu le pouvoir, soit parce qu’elles se sont ossifiées, soit parce que leur énergie a diminué. Ou bien elles deviennent stupides et arrogantes, n’arrivent pas à s’adapter aux circonstances nouvelles et sont renversées ; ou elles deviennent libérales et lâches, font des concessions alors qu’elles devraient employer la force, et sont encore renversées. Elles tombent, donc, ou parce qu’elles sont conscientes, ou parce qu’elles sont inconscientes. 
L’œuvre du Parti est d’avoir produit un système mental dans lequel les deux états peuvent coexister. La domination du Parti n’aurait pu être rendue permanente sur aucune autre base intellectuelle. Pour diriger et continuer à diriger, il faut être capable de modifier le sens de la réalité. Le secret de la domination est d’allier la foi en sa propre infaillibilité à l’aptitude à recevoir les leçons du passé. 
Il est à peine besoin de dire que les plus subtils praticiens de la doublepensée sont ceux qui l’inventèrent et qui savent qu’elle est un vaste système de duperie mentale. Dans notre société, ceux qui ont la connaissance la plus complète de ce qui se passe, sont aussi ceux qui sont les plus éloignés de voir le monde tel qu’il est. En général, plus vaste est l’information, plus profonde est l’illusion. Le plus informé est le moins normal. 
Le fait que l’hystérie de guerre croît en intensité au fur et à mesure que l’on monte l’échelle sociale illustre ce qui précède. Ceux dont l’attitude en face de la guerre est la plus proche d’une attitude rationnelle sont les peuples sujets des territoires disputés. Pour ces peuples, la guerre est simplement une continuelle calamité qui, comme une vague de fond, va et vient en les balayant. Il leur est complètement indifférent de savoir de quel côté est le gagnant. Un changement de direction veut simplement dire pour eux le même travail qu’auparavant, pour de nouveaux maîtres qui les traiteront exactement comme les anciens. 
Les travailleurs légèrement plus favorisés que nous appelons les prolétaires ne sont que par intermittences conscients de la guerre. On peut, quand c’est nécessaire, exciter en eux une frénésie de crainte et de haine, mais laissés à eux-mêmes, ils sont capables d’oublier pendant de longues périodes que le pays est en guerre.
C’est dans les rangs du Parti, surtout du Parti intérieur, que l’on trouve le véritable enthousiasme guerrier. Ce sont ceux qui la savent impossible qui croient le plus fermement à la conquête du monde. Cet enchaînement spécial des contraires (savoir et ignorance, cynisme et fanatisme) est un des principaux traits qui distinguent la société océanienne. L’idéologie officielle abonde en contradictions, même quand elles n’ont aucune raison pratique d’exister.

[…] Ce n’est en effet qu’en conciliant des contraires que le pouvoir peut être indéfiniment retenu. L’ancien cycle ne pouvait être brisé d’aucune autre façon. Pour que l’égalité humaine soit à jamais écartée, pour que les grands, comme nous les avons appelés, gardent perpétuellement leurs places, la condition mentale dominante doit être la folie dirigée. (chapitre IX)
Oui, Macron est bien le Tony Blair français, celui qui a entraîné son pays sous des faux prétextes et des mensonges dans une guerre qui allait détruire à nouveau l'Iraq pour produire Daesh.